Mauritania: Interview with Mohamed Ould Ismael Ould Abeidna

Mohamed Ould Ismael Ould Abeidna

Ministre (Ministère des Mines et de l’Industrie)

2006-08-24
Mohamed Ould Ismael Ould Abeidna

Monsieur le Ministre, les secteurs des mines et de l’industrie, celui des mines en particulier, ont joué un rôle essentiel dans l’histoire économique de la Mauritanie. Quelles sont les principales évolutions de ces secteurs et quels sont les principaux projets que vous aimeriez voir lancer ou que vous avez vous-même lancé ?

Très bien, je vous remercie d’abord pour l’intérêt que vous portez au secteur des Mines et de l’Industrie mais surtout au pays tout entier. Notamment après la période de changement du 3 août 2005, pour les observateurs qui pourraient ne pas comprendre ce changement dans sa philosophie et dans son aptitude. Comme la plupart des pays de la sous-région nous étions, après la chute du Mur de Berlin rentrés dans un processus démocratique que tout le monde a bien accueilli. Nous y sommes rentrés par la grande porte avec une constitution qui a été approuvée par le peuple mauritanien avec beaucoup d’enthousiasme et beaucoup d’espérance. Nous avons malheureusement rapidement déchanté parce que d’abord la loi fondamentale a été biaisée par un article qui a été ajouté après son adoption. Elle est finalement sortie avec 104 articles au lieu de 103 ; donc avec un article de plus. Nous sommes alors arrivés à un régime de parti unique, le parti au pouvoir était un parti-Etat. Au lieu de faire la promotion de la démocratie et d’amener le peuple mauritanien sur des voies démocratiques et sur une pratique démocratique saine, pluraliste, diversifiée, on l’a mené à contre courant. C’est ce qui explique, que l’armée mauritanienne ayant constaté que cette situation ne pouvait plus durer et que le pays était exposé à des violences et à des guerres civiles, notamment à travers des tentatives répétées de coups d’Etat, les responsables militaires ont pris seuls la responsabilité de mettre un terme à un régime qui se voulait démocratique et qui n’avait de la démocratie que la prétention, pour pouvoir sévir sur de très longues périodes. Depuis le 3 août 2005, nous avons organisé des journées de réflexion, une sorte de conférence nationale civilisée, si je peux m’exprimer ainsi. Il y a eu un consensus national sur le programme qui a été annoncé par le CMJD (Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie). La deuxième preuve de la véracité du 3 août est que, ni le conseil militaire, ni son gouvernement transitoire ne peuvent se présenter à une échéance électorale de quelque nature que ce soit. Nous avons franchis quelques pas sur les amendements de la constitution lors du référendum du 25 juin dernier. Ainsi, un président élu n’aura que deux mandats de 5 ans à son actif, le conseil militaire étant neutre est là pour garantir la transparence juste et éthique de la passation de pouvoir.

Pour ce qui est de l’évolution historique du secteur minier proprement dit. A l’indépendance du pays le secteur minier formait le ressort principal de l’économie de la Mauritanie avec la société MIFERMA. Cependant, entre 1978 et 1983 il y a eu récession de ce secteur. Plusieurs facteurs ont mené à cette chute y compris le manque d’information, la faiblesse des instruments juridiques et fiscaux.

Après et en accord avec nos partenaires au développement, un accord de consolidation et de développement fut mis en place et le secteur a trouvé sa croissance. Il contribue actuellement entre 12 à 15 % du PIB et représente plus de 50% de l’exportation de la Mauritanie.

S’agissant des principaux projets et afin d’attirer l’investissement privé à l’économie mauritanienne et de la stimuler, un programme pour le développement et la promotion du secteur a été dressé, qui a pour but de créer un climat favorable à l’investissement par la révision et l’actualisation de la législation minière, l’amélioration de la disponibilité de l’information géologique, l’amélioration du système d’information pour la gestion de l’environnement et bien d’autres choses.

Et ce nouveau départ de la Mauritanie a aussi eu une influence importante sur l’économie.

J’ y viendrai, même si mon introduction a été longue, donc il y a eu adoption des principes constitutionnels et consacration de l’économie de marché. Pour revenir au secteur des mines et de l’industrie et du gouvernement transition auquel j’appartiens, nous nous sommes attelés à faire en dix-neuf mois l’essentiel de la réflexion d’ordre institutionnel, administratif et politique pour relancer l’économie et notamment les secteurs économiques prometteurs que sont le secteur industriel et le secteur minier, ainsi que le secteur pétrolier. Au niveau des mines, c’est vrai qu’une petite longueur a été prise avant notre arrivée avec le concours de nos partenaires de développement et notamment la Banque Mondiale et la Banque Islamique de Développement, ont créé un soutien institutionnel du secteur minier pour soutenir ce secteur dans sa promotion. Il est sorti de ce projet des entités très fonctionnelles, très adaptées.

Avec le code minier, notre objectif était de parvenir à rendre la Mauritanie plus incitative et plus attractive. Nous y sommes parvenus en quelque sorte puisque plusieurs opérateurs miniers sont actuellement en Mauritanie. Nous avons une centaine de permis de recherche, nous avons six permis d’exploitation fonctionnels. A mon arrivée au département des Mines et Industrie. J’ai écrit à tous les opérateurs étrangers pour leur dire que tout engagement contracté par l’Etat mauritanien demeure et sera renforcé, et j’ai pris la responsabilité de faire pour la première fois une journée porte ouverte sur les mines de Mauritanie et le potentiel minier mauritanien sur la place de Londres. Après évaluation, il semblerait que c’était une journée très porteuse parce que pas moins de soixante sociétés internationales y ont participé, ainsi qu’une quinzaine d’institutions financières. Et nous sommes aujourd’hui en droit de penser que la destination mauritanienne est maintenant connue par les miniers et les opérateurs miniers nationaux et étrangers.

Le secteur minier, au travers de la SNIM notamment, a permis de guider une certaine politique sociale, en terme de formation par exemple, mais a aussi entrainé le développement de régions du pays qui étaient faiblement développées ?

Ça n’a pas été l’objet de la répartition géologique du potentiel minier en Mauritanie. Ainsi, il semblerait que l’essentiel du potentiel se situerait au nord, tous les mauritaniens sont invités à exercer là où il y a une exploitation minière. Je dirai que l’aspect social nous tient à cœur en tant que gouvernement de transition car nous sommes censés être la régulation qui donne la voie à suivre. Et très tôt le secteur public, après notre arrivée, a connu des augmentations de salaire de l’ordre de 50%, Nous espérons que cela aura un impact sur le secteur privé qui ne manquera pas d’accompagner le secteur public. Nous voudrions qu’il y ait plus d’encadrement et de formation par les opérateurs qui exploiteront ou qui mèneront des recherches minières en Mauritanie.

Il est intéressant de noter que la journée consacrée à la promotion du secteur minier mauritanien ait eu lieu à Londres. De fait, les principaux opérateurs internationaux de ce secteur sont anglo-saxons. La SNIM était autrefois la Miferma, société gérée par la France avant l’indépendance. Qu’en est-il aujourd’hui des relations de ce secteur avec la France ?

Très bonne question, parce que vous voyez nous sommes de tradition française en terme d’économie et même politiquement. La France nous a vu naître. Nous encourageons, et nous ne pouvons que solliciter d’avantage de coopération française pour le bien des deux parties. La Mauritanie -à travers la SNIM- exporte plus de 30% de ses ventes annuelles de minerai de fer à la sidérurgie française.
En tout cas, je vous le confirme, nos portes sont ouvertes pour la France et pour les investisseurs privés et publics français comme cela a toujours été. Je constate aussi sur le plan international que les mines sont dans le monde dominées par les technologies, les capitaux et les compétences anglo-saxonnes mais la France est la bienvenue en Mauritanie et elle a une longueur d’avance par la proximité, car nous sommes seulement à 4 heures de Paris, et nous parlons la même langue, enfin il y a des affinités évidentes entre les deux peuples mauritanien et français.

Les secteurs des mines et de l’industrie représentent environ 10% des revenus de la Mauritanie. Cet afflux financier a été géré d’une certaine manière jusqu’à une époque récente, comment voudriez-vous que cet afflux, qui ne cesse d’augmenter, soit géré dans le futur ?

Alors pour un gouvernement de transition de 19 mois que devons-nous faire ? Que pouvons- nous faire ? Nous nous sommes posés cette question. D’abord nous avons procédé à la création d’un fond, lequel est crédité de toutes les redevances, toutes les recettes pétrolières mais qui n’est débité qu’en faveur du budget de l’Etat : première garantie de transparence et de sécurité pour que le peuple mauritanien sache que ces recettes pétrolières ou minières vont dans un compte sécurisé, et que ce compte n’est débité qu’en leur faveur dans le cadre du budget de la nation. Nous avons, par notre volonté, pris sur nous l’engagement de dire au peuple mauritanien « voici vos recettes pétrolières, vos recettes minières, nées des industries extractives. Elles sont de tant… » Sur le plan institutionnel nous avons fait des grands pas, sur le plan pratique cela va se traduire par une gestion rigoureuse des deniers publics, par la lutte contre la corruption. Et nous avons introduit des inspections générales dans tous les départements ministériels et avons adhéré en octobre 2005 à l’initiative de transparence dans les industries extractives « EITI ».

Quel message vous voudriez laisser à votre successeur puisque bientôt vous ne serez plus à ce poste ?

Je ne me permettrai pas de donner une leçon à qui que ça soit et surtout pas à mon successeur. Je m’obligerai de faire en sorte qu’il trouve dans ce département les politiques, les directions à suivre, et la transparence requise pour qu’il puisse de par sa compétence et son intelligence savoir où il va tout en sachant que si la direction à suivre et les options que nous avons retenues devaient être respectées, nous sommes en droit d’attendre beaucoup de progrès économique et social, et nous avons beaucoup d’espoir pour le pays.