Guinea, Republic of: Interview with Dr. Doussou Lanciné Traoré

Dr. Doussou Lanciné Traoré

Recteur (Université Gamal Abdel Nasser de Conakry)

2017-10-27
Dr. Doussou Lanciné Traoré

Dr. Doussou Lancinè Traore,  compte tenu du potentiel de  la République de Guinée dans ses secteurs agricole et minier, de nombreuses politiques ont pour but leur développement. Cependant, il y a d'autres secteurs d’activité  qui  ont également besoin d’une main-d'œuvre qualifiée.  Selon vous, quelles sont ces autres secteurs d’investissement en Guinée ?

En ce qui concerne les secteurs du développement économique de notre pays il faut mentionner l’agriculture. Notre pays fait la synthèse de l’Afrique à travers ses quatre régions naturelles : la Guinée forestière, la Moyenne Guinée qu’on appelle communément le Fouta-Djallon, la Basse Guinée et enfin la Haute Guinée. Chacune de ces régions a ses spécificités et chacune d’elles est propice à l’agriculture. C’est un secteur économique qui peut créer en Guinée beaucoup d’emplois. Si l’agriculture est mécanisée et que des industries de transformation des produits agricoles s’installent, il y aura une grande marge de valeur ajoutée.

En dehors de l’agriculture nous avons également le secteur minier. La Guinée est considérée comme un « scandale géologique » car elle possède beaucoup de richesses dans son sol et dans son sous-sol. La mise en valeur de ces richesses naturelles peut aussi créer de l’emploi. C’est un secteur qui contribue beaucoup à l’économie du pays. De plus, il y a aussi le secteur de tourisme qui, grâce à l’arrivée du Prof Alpha Condé, il y a eu la réalisation de plusieurs infrastructures hôtelières à Conakry et la mise en valeur des sites touristiques du port négrier de Boffa en passant par le mont qui représente la Dame du Mali, les crapauds vivipares des monts Nimba et le pont en lianes de la région forestière ainsi que toutes les autres parties méritent de nos jours d’être valorisés. Ce secteur en développement peut générer beaucoup de ressources pour les partenaires et le pays.

Aussi, il ne faut pas oublier que nous appartenons tous au monde numérique. En conséquence, il est important que le secteur des télécommunications en développement soutenu dans cet élan peut apporter une part considérable à l‘économie.

En conclusion, la Guinée a des atouts et si les partenaires l’accompagnent dans un partenariat gagnant-gagnant, tout le monde pourra se frotter les mains.


Sous la présidence de Son Excellence le Professeur Alpha Condé le pays avait fait de grands progrès au niveau de la transparence et de la démocratisation. Cela favorise les investissements étrangers qui augmentent le nombre d’emplois. Quel rôle jouent les universités dans cette dynamique de développement au niveau des ressources humaines ?  

Evidemment, qui parle de développement parle d’abord de ressources humaines qualifiées et les universités forment des ressources humaines de qualité. Si les universités ne forment pas bien les cadres, le pays ne pourra pas se transformer qualitativement. Le rôle donc des universités est d’assurer une formation de qualité aux jeunes qui doivent assurer la relève.

En effet, l’Université qui a l’honneur de vous accueillir aujourd’hui est la première institution d’enseignement supérieur. Elle a été fondée en 1962. Son objectif était de former des cadres hautement qualifiés dans le domaine de la science, de la technique et de la technologie. Je pense que l’université est en train de bien remplir sa fonction.

Elle a formé de nos jours plus de cinquante mille cadres, non seulement pour la Guinée mais aussi pour beaucoup d’autres pays africains. Nous avons au moins près d’une vingtaine de pays africains qui ont leurs étudiants chez nous, à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry.

Actuellement, si vous prenez le secteur de l’économie ou de l’administration vous verrez que pratiquement tous les secteurs sont dirigés par des sortants de l’Université de Conakry. Je crois que ceci est un rôle fondamental des universités.

De plus, beaucoup de réformes sont actuellement en cours pour que la formation soit en adéquation avec le marché de l’emploi. Malheureusement, très souvent on donne la formation académique qui n’a rien à voir avec ce qui se pratique dans la vie pratique. C’est pourquoi, il faut constamment revoir les programmes de formation pour que la formation soit à jour et en adéquation avec les besoins du secteur productif. Aujourd’hui, grâce à cela, les étudiants n’ont pas de problèmes pour s’insérer dans le marché de l’emploi.    


Le secteur de l'éducation joue un grand rôle dans le développement socio-économique de la République de Guinée. Il y a certainement beaucoup de choses à faire dans les domaines des infrastructures et de formations. Cependant, la Guinée nécessite de plus en plus de professionnels hautement qualifiés et adaptés aux nouvelles tendances économiques. Quelles sont les mesures prises par votre institution pour répondre à ce problème et développer améliorer la formation des étudiants ?   

Tout d’abord, le Gouvernement guinéen a engagé un programme d’extension des infrastructures et la rénovation de l’Université de Conakry. Les travaux d’extension évoluent et dès après, suivra la rénovation des infrastructures existantes.

Nous sommes conscients, quand le cadre de travail est amélioré, il va de soi que le cadre d’étude et de travail s’améliore aussi. C’est un facteur très important pour nous. De plus, nous sommes en train de diversifier les partenariats avec les universités étrangères parce qu’on ne peut pas se développer à vase clos. Nous voudrions être en partenariat avec toutes les universités dans le monde. Actuellement, nous avons signé beaucoup de partenariat avec des universités africaines, asiatiques, européennes et américaines.

Notre université est ouverte 1962 ; ce qui veut dire qu’elle a plus de 54 ans. En conséquence, le corps enseignant est vieillissant. Il faut penser à sa relève. Cela ne peut se faire que par le biais de la formation des formateurs mais aussi par le canal de partenariat avec des universités d’autres pays. Les partenariats permettent non seulement des échanges d’étudiants mais aussi d’enseignants-chercheurs. Grâce à cette dynamique, et étudiants et enseignants-chercheurs vont avoir plus d’expériences. En outre, cela permet également la revue de nos programmes de formations en partenariat avec le secteur privé. Le secteur privé participe beaucoup à la conception de nos programmes d’étude et sans compter qu’il est le plus grand créateur d’emplois.


L’Université Gamal Abdel Nasser est actuellement une des principales universités du pays. Cette institution d’enseignement supérieur a contribué à la formation des professionnelles qui soutient le développement socio-économique et culturel de la Guinée. Pouvez-vous nous en dire plus sur les débuts de votre université jusqu’à présent ? Quel est aujourd’hui votre capacité d’accueil au sein de l’Université et vos domaines spécialisés ?

Je disais que l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry a été fondée en 1962 avec une prévision de 1500 places. Vers les années 2005, il y a eu une explosion de la population estudiantine. On était obligé de délocaliser certaines facultés qui ont aujourd’hui donné naissance à d’autres institutions d’enseignement supérieur. Un des exemples est la faculté de Géo-Mines qui est actuellement l’Institut Supérieur de Géo Mines de Boké. A l’époque c’était une faculté de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry qui, ensuite a été délocalisée à Boké, une zone minière.

Ensuite nous avons eu la faculté d’agronomie qui a été aussi délocalisée pour donner naissance à l’Institut Agro-Zootechnique de Kindia et qui, aujourd’hui, est transformée en Université de Kindia. De plus, il y a l’Université de Sonfonia qui était une ancienne faculté de droits et sciences juridiques et la faculté des Lettres et Sciences Humaines.

Dans la structure actuelle de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry nous avons : deux facultés, la faculté des sciences qui comprend quatre départements : Mathématiques, Physique, Chimie et Biologie. Ensuite il y a la Faculté de Médecine, Pharmacie, Odontostomatologie. Toutes les trois filières de cette dernière sont regroupées en une seule faculté qui a aussi quatre départements. Nous avons le département des sciences fondamentales qui donne les notions de base aux étudiants en médecine. Nous avons également le département de médecine, le département de pharmacie et le département d’odontostomatologie.

De plus, il y a une grande école que l’on appelle Institut polytechnique où on forme les ingénieurs. Cet Institut possède sept départements : Génie Chimique, Génie Civil, Génie électrique, Génie mécanique, Génie industrielle et maintenance, Génie informatique, Génie électronique communément appelé télécommunications. Ensuite il y a deux centres : le centre informatique et le centre d’études et de recherche en environnement (CERE). Ceci est la structure actuelle de l’université de Conakry. Maintenant les reformes en cours vont rattacher d’autres structures de recherche à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, tels que le Centre de Recherche en Virologie : Projet Fièvres Hémorragiques et autres.

En dehors de ces facultés et centres, il y a aussi des structures d’appui qui nous aident dans l’exécution de nos différentes tâches tels que : la bibliothèque universitaire, les éditions universitaires, le service de la scolarité qui accueille les étudiants et qui délivre les diplômes. Nous avons également le service des études avancées. Dans ce cadre, nous avons créé deux écoles doctorales, une école en « Sciences et Techniques » et une autre Sciences de la Vie et Environnement. Ces deux facultés forment ensemble une école doctorale pour la formation des cadres en formation postuniversitaire.

Il faut souligner que la capacité d’accueil actuelle est de dix mille étudiants. De 1 500 on est arrivé à 10 000 étudiants bien que les infrastructures n’ont pas tellement évolués conformément à l’évolution de la population estudiantine. Cependant avec les travaux d’extension en cours, nous pensons que ce domaine-là sera résolu très vite.

Le corps enseignant tous grades confondus est estimé à peu près à 600 enseignants- chercheurs. La plupart sont des Guinéens et nous avons aussi des professeurs expatriés russes. Il y a également des missions d’enseignement avec les universités qui ont des partenariats avec nous.

Dans le cadre du partenariat avec l’Agence Universitaire de la Francophonie, nous recevons des professeurs pour des cours où il nous manque des spécialistes.  


La Guinée accueille des universités de renom telles que l’Université Mahatma Gandhi, Mohamed VI ou bien encore Nongo et Sonfonia. Pour quelle raison les étudiants doivent-ils choisir votre université plutôt qu’une autre ? Quels sont les principaux objectifs de votre université ?

Toutes les universités ont les mêmes objectifs. Cependant, nous pensons que nous avons des profils de formation qui sont des profils porteurs, notamment les domaines de l’ingénierie ou la faculté de médecine, la biologie, la biologie médicale, la chimie ou encore l’informatique. Ceux-là contribuent au choix de notre université par de nombreux étudiants et bacheliers guinéens comme étrangers principalement les Africains.

De plus, nos résultats sont vérifiables sur le terrain car la plupart des cadres qui travaillent dans l’administration ont fait leurs formations dans notre université. Mieux, il y a beaucoup de cadres africains qui ont fait leurs formations à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Tout cela, je crois contribue au choix de notre université par les élèves après le baccalauréat.  


Nous avons parlé de la formation des professionnels adaptés aux défis d'un marché global et l'importance d'assurer un haut niveau de formation.  Avez-vous des plans d’expansion et que faites-vous pour promouvoir les efforts de votre université pour attirer de nouveaux investisseurs ? 

D’abord nous sommes en train de voir comment nous pouvons « professionnaliser » certaines de nos formations. Il ne s’agit pas d’avoir seulement des universités mais aussi d’autres possibilités pour les élèves qui peuvent faire une formation d’une année ou de deux ans. Cela leur permettrait d’être inscrits directement dans le secteur productif.

De plus, on est en train de diversifier nos partenariats avec les universités étrangères. Ceci peut nous aider à qualifier davantage notre formation. A présent, nous travaillons dans cette perspective. Cela n’est pas facile mais nous pensons qu’au fil du temps ça va porter ses fruits.

Ensuite, tout récemment, nous avons signé un partenariat avec l’Université Senghor d’Alexandrie. Ils vont ouvrir deux masters en 2018. Il s’agit du Master « Evaluation et Suivi des Projets » et du Master « Conception, Gestion et Evaluation des Politiques Publiques ». Cela va permettre aux différents ministères et des entreprises privées d’envoyer leurs cadres pour leur perfectionnement en matière d’évaluation des projets et de gestion des ressources.


Et vous avez aussi des partenariats avec des marchés asiatiques ?

Je viens tout juste d’un voyage en Chine. Nous avons signé en décembre 2016 un partenariat avec l’Université Linyi qui est dans la Province de Shandong. Dans le cadre de ce partenariat il y a la création d’un Institut Confucius à l’UGANC.

Nous avons signé un partenariat avec le siège de l’institut Confucius à Beijing. Cet institut va permettre la formation en langue chinoise, l’apprentissage de la culture chinoise, des mœurs chinoises etc. Cela va nous aider dans notre partenariat avec la Chine de façon générale. Nous espérons que ce projet va voir le jour très bientôt. la construction de cet institution sera pour très bientôt.

De plus, grâce au leadership du Président Prof Alpha Condé, nous avons procédé à la création de l’Institut Pasteur de Guinée qui sera un département autonome de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. On a procédé à la pose de la première pierre. Nous sommes en train d’aménager actuellement un laboratoire provisoire le temps qu’on finit la construction de l’Institut. Ceci va également contribuer à la formation de nos médecins et nos agents de santé. Cela va davantage qualifier notre système de santé.

Dans le cadre la Coopération Française, on a créé un centre d’infectiologie rattaché à la faculté de médecine. Le bâtiment est presque terminé. Je crois que d’ici peu, ils vont l’équiper et certainement ça sera inauguré après.

Je viens de mentionner la construction de l’Institut Confucius. Je vous ai parlé également de partenariat avec une des plus grandes universités chinoises qui abrite plus de quarante mille étudiants, l’Université de Linyi.

La coopération avec la Chine a débuté depuis les premières heures de l’indépendance de notre pays. La Chine est un pays ami de très longue date et il est difficile d’énumérer toutes les infrastructures que la Chine a pu réaliser dans notre pays. Il s’agit par exemple du Palais Présidentiel Sékhoutoureya, le Palais du Peuple où siège l’Assemblée Nationale, et les barrages hydro-électriques de Kaléta, de Kinkon à Pita, de Tinkisso à Dabola et de Souapiti, ce dernier est actuellement en construction. Sans compter le rôle que la Chine a joué dans le développement agricole à l’indépendance. Il y en a également d’autres projets qui sont en vue et cela va contribuer beaucoup à l’émergence de notre pays.

Qu’est-ce qu’on peut prévoir pour l’avenir de l’éducation avec cette coopération entre les deux pays ? On rentre dans ces partenariats pour améliorer la formation. Nous sommes sûrs que nous pouvons vraiment bénéficier de leur expérience et leurs ressources humaines pour qualifier davantage les nôtres. Cependant je crois qu’on doit intensifier nos partenariats non seulement avec la Chine mais aussi avec d’autres pays pour qualifier davantage notre force.


Dr. Doussou Lancinè Traore, en tant que Recteur de cette plus ancienne université de Guinée qui a comme but la formation des cadres hautement qualifiés. Quelles sont vos principales fiertés qui vous ont permis de réussir en tant que leader aujourd’hui ? En quoi vous aimeriez être la source d’inspiration pour vos étudiants ?

Depuis que je suis rentré après mes études à Moscou, je travaille pour cette université, donc j’ai gravi beaucoup d’échelons. J’ai été chef de département de génie civil parce que moi-même je suis ingénieur génie civil de formation. Ensuite j’ai été secrétaire général de l’institut polytechnique de 2004 jusqu’en 2011. A partir de 2011, j’ai été nommé Recteur de cette Université. Je connais l’université parce que je n’ai évolué que dans ce secteur-là. Avant d’occuper ce poste, je connaissais des problèmes réels auxquels il fallait s’attaquer pour qu’il y ait un impact qui soit visible. De plus je connais la grande partie du personnel enseignant parce que j’ai eu la chance d’évoluer avec eux. Je me félicite quand même de quelques succès obtenus bien qu’il reste beaucoup à faire. Je suis sur que grâce au soutien des uns et des autres nous allons vraiment réussir.


Durant votre travaille à la tête de l’UGANC, quelle est la plus grande réussite pour laquelle voulez-vous qu’on se souviens de vous ?  

Vous savez c’est un peu difficile de parler de soi-même. Ce qui reste clair, avec les différents projets en cours, je suis certain que dans moins de deux ou trois ans l’université va complètement se transformer de façon positive, que ça soit sur le plan des infrastructures ou sur le plan de la qualité de la formation. Nous sommes en train de prendre beaucoup de mesures pour qualifier davantage la formation pour que nos étudiants ne souffrent pas de manque d’emploi. Je crois que nous avons apporté beaucoup de plus à ce qui existait avant, donc nous allons continuer dans ce sens-là grâce au soutien des uns et des autres et je crois que nous allons avoir de bons résultats.


Enfin, les lecteurs de South China Morning Post incluent majorité d’hommes d’affaire et politiciens des plus influents de la Chine et du monde entier (via la plateforme digitale). Avez-vous un message final à leur adresser sur la Guinée qui les inciterait à venir investir ici ?

Le message serait de dire que notre pays est un pays qui est en pleine croissance et qui aujourd’hui est stable politiquement donc investir en Guinée ne pose pas de problème. Le cadre d’investissement aussi est en train d’être amélioré. De plus, avant il n’y avait même pas d’hôtels pour accueillir les gens qui viennent dans le pays. Actuellement, grâce à la politique du chef de l’Etat, le Prof Alpha Condé, les hôtels sont en train d’être construits un peu partout et on n’a plus de problème pour accueillir les gens qui viennent investir en Guinée.

En conséquence, l’éducation ne peut pas évoluer sans le secteur privé. Il faudrait que les universités rentrent en partenariat, non seulement avec d’autres universités, mais aussi avec des entreprises. Il faut que nous sachions de quoi ces entreprises-là ont besoin au niveau des ressources humaines et quelles qualifications ces ressources humaines doivent avoir. D’où notre besoin ardent de nouer des partenariats avec des entreprises et nous les invitons vivement à venir visiter notre université et d’autres universités de notre pays pour raffermir ce partenariat.

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