Guinea, Republic of: Interview with Mr Ousmane Kaba

Mr Ousmane Kaba

Président Directeur Général (EKAP Guinée SARL)

2016-10-31
Mr Ousmane Kaba

Le ministère de l’agriculture nous a orientés vers votre entreprise étant donné son importance pour le secteur de l’agriculture en Guinée. Pouvez-vous nous en dire plus sur les débuts de votre entreprise jusqu’à présent et ses raisons derrière son succès en Guinée ?

 


J’ai fait mes études en Guinée et me suis lancé ensuite pendant dix ans dans le commerce et la revente d’objets d’occasion en provenance de l’Allemagne. Puis, étant un grand lecteur, quand la démocratie a commencé à s’installer, j’ai lu le programme de tous les candidats potentiels à la présidence dans les années 90 et ai vu que chacun mettait un accent particulier sur l’agriculture. Cela m’a fait prendre conscience que l’agriculture est un secteur porteur qui peut aider toute la population Guinéenne. Je me suis donc intéressé peu à peu au secteur agricole.


J’ai alors commencé des voyages à l’intérieur du pays pour prendre contact avec les paysans et connaître leurs besoins et leurs difficultés. Je me suis rendu compte que les gens qui évoluent dans ce secteur étaient très pauvres et qu’ils manquaient d’aide et de ressource. Je suis alors parti en Europe négocier des engrais en Allemagne à importer pour que les paysans aient davantage de facilité à produire. Je l’ai fait par amour et pour rendre service, car l’Etat n'envoyait l’engrais qu’une fois tous les trois ans à travers un don japonais mais la quantité était insuffisante. J’ai donc continué à prendre le relais malgré un prix cher pour ne pas que le marché en manque. Mais même avec l’engrais, le travail physique posait toujours problème et il fallait des machines et d’autre matériel. Pour cela, je suis allé en Chine et ai commencé l’importation de petites machines qui pouvaient être moins chers pour les paysans. Je me suis aussi intéressé aux herbicides et à tout ce qui peut alléger le travail physique des paysans.


J’ai commencé à évoluer dans le secteur agricole depuis le temps de la Deuxième République. A la montée du Pf. Alpha Condé au pouvoir qui a fait de l’agriculture un programme phare, d'énormes investissements ont aussi été faits dans ce secteur. Pour ma part, je compte apporter ma contribution pour le développement de l’agriculture guinéenne. Il ne s’agit pas seulement de vendre les intrants et équipements, mais de conseiller également les paysans et de cultiver soi-même. D’ailleurs nous sommes plus présents à l’intérieur du pays qu’à Conakry et avons des représentants dans certaine préfectures.

 

 

Votre entreprise permet aux entreprises agricoles privés et publiques d’obtenir les équipements nécessaires pour exercer leur activité. A quel point votre entreprise est elle déterminante pour le secteur de l’agriculture en Guinée ?

 


Nous faisons partie des cinq premières entreprises qui évoluent dans le secteur de l’agriculture en Guinée. Ce n’est pas fortuit que Mme la ministre vous ait conduit vers la société EKAP. En effet, nous avons une portion de responsabilité car nous essayons d'aider l’Etat et les paysans à concrétiser la politique du gouvernement pour le secteur agricole.


Notre contribution principale pour le pays consiste alors à envoyer des intrants de qualité. Le Mali consomme approximativement 400.000 tonnes d’engrais par an et en produit plus, quant au Sénégal et la Côte d’Ivoire, ils en consomment plus de 190.000 tonnes. En comparaison, la Guinée consomme à peine 20.000 tonnes ce qui veut dire que les paysans ne sont pas encore initiés à l’utilisation d’engrais car la majorité de l’engrais importé ici autre que le nôtre est de mauvaise qualité selon les paysans , ce qui ne donne pas souvent le résultat escompté. Exemple: Si un paysan utilise l’engrais sur un hectare et qu’il récolte à peu près les mêmes quantités que celui qui n’a pas utilisé l'engrais, il ne sera pas motivé à utiliser l’engrais une prochaine fois. Notre crédo est d’initier les paysans aux engrais de bonne qualité pour qu’ils produisent le double ou le triple de leur rendement, ce qui les encouragerait à produire davantage au fur et à mesure. Tant que nos paysans seront pauvres notre pays le restera aussi. Il faut enrichir les paysans pour que le pays s’en sorte, et ce n’est qu’avec un meilleur rendement de production qu’ils peuvent s’en sortir.


Notre première contribution est ainsi d’envoyer des intrants de qualité. C’est pourquoi en 2015 la société EKAP a eu la chance d’avoir le marché de l’Etat a travers un appel d’offre international. Donc en 2015 c’est notre société qui a envoyé puis distribué l’engrais subventionné de l’Etat sur toute l'étendue du territoire nationale, soit 16.485 tonnes. Les paysans ont beaucoup apprécié la qualité et ceux qui récoltaient jusque là une tonne et demi à l’hectare se sont retrouvés avec trois à quatre tonnes par hectare ce qui nous a beaucoup encouragé dans notre objectif de servir le pays.

 

 

Jusqu’ou ambitionnez-vous de développer votre entreprise tant d’un point de vu local qu’international ?

 


Chaque année, notre Crédo est de développer notre entreprise pour enrichir autant que possible les populations paysanne qui sont très pauvres sans la subvention de l’Etat. Nous travaillons à travers les appels d’offre de l’Etat ou d’autres particuliers et avons des magasins de relais partout dans le pays. Même si nous n’avons pas le marché de l’Etat, nous avons des particuliers qui viennent acheter nos produits qui sont réputés de meilleure qualité.



Comment véhiculez-vous l’image positive de votre entreprise afin d’attirer de nouveaux partenaires et investisseurs ?

 

 

Nous faisons selon nos possibilités et avons d’ores et déjà un site à notre disposition www.ekapguinée.com. Par ailleurs, chaque année nous faisons des milliers de calendrier que nous distribuons dans les villages. Nous collaborons également avec certaines presses, et avons d’ailleurs été l’une des premières entreprises guinéenne a signé un contrat avec Go Africa. Cependant, nous avons bien entendu des axes d’amélioration et cherchons à soigner encore plus notre image. Nous cherchons vraiment à donner un exemple dans le domaine de l’agriculture et à véhiculer notre contribution pour la population rurale et de la façon dont nous réussissons. Nous espérons qu’avec notre exemple, cela incitera d’autres entreprises à aider les paysans et aussi à créer beaucoup plus d’emploi.


Nous sommes un pays vierge, rien n’est encore fait, nous n’avons pas encore atteint l’autosuffisance, il y a une carence totale et pas une seule chaîne complète de production dans le secteur agricole. En Guinée le paysan à lui seul produit, transforme et essaie de commercialiser, ce qui ne peut marcher. Il faut que les opérateurs économiques s’intéressent au secteur agricole, qu’ils s’intéressent à la transformation et à la commercialisation. La concurrence extérieure tue notre agriculture. Ceux qui importent le riz doivent s’intéresser à la production locale pour au moins commercialiser pour enrichir les paysans et pour leurs permettre de produire encore plus. Lorsque le Président de la République, le Pf. Alpha Condé est arrivé au pouvoir, il a investi dans l’agriculture et cela a sensiblement augmenté la production.

 

 

Etant en charge d’une entreprise clé en Guinée, vous faites figure d’exemple dans le pays. Quelles sont les principales fiertés que vous avez accomplies durant votre carrière en Guinée ?

 


Je n’ai jamais fait l’aventure car mon expérience professionnelle est un peu douloureuse étant donné que je n’ai pas pu terminer mes études à cause d’un accident de circulation qui m’a maintenu pendant 4 ans à l’hôpital. J’ai été amputé trois fois et marche depuis avec un appareil. J’ai alors banni de ma tête qu’un infirme ne peut que mendier pour satisfaire ses besoins, et me suis dit qu’il était nécessaire de travailler d’autant plus pour compenser. Mon papa m’a alors aidé à ouvrir un petit bar café quand j’étais malade avec lequel j’ai fait mes premiers sous dans la douleur.


Puis Dr Morisanda Kouyaté m’a aidé à avoir une bourse sanitaire pour faire mon dernier traitement en Hongrie où des gens m’ont encouragé à y rester. Mais je leur ai répondu que ma place était ici. A mon retour, mon père n’avait plus beaucoup d’employés, au sein de son atelier de vulcanisation à Conakry et j’ai choisi de rester malgré mon infirmité et me suis battu pour l’aider. J’ai alors commencé à poser les premiers jalons moi-même et épargner jusqu’à ce que j’obtienne l’argent pour acheter des pneus d’occasion en Allemagne. C’est cela qui a lancé ma carrière mais j’ai rapidement migré vers le secteur agricole.


Dans la vie il faut se battre et mon comportement a motivé plusieurs personnes de mon entourage à travailler davantage. Un jour d’ailleurs, un mendiant de passage est venu quémander de l’argent quand j’étais dans mon bar café et je lui en ai donné. Puisque le mendiant m’a vu avec deux béquilles et que son état était meilleur que le mien il m’a demandé pourquoi je lui rendais service ; je lui ai alors répondu que malgré l’infirmité il faut travailler pour pouvoir un jour aider les autres.

 

 

Les lecteurs de l’eBiz Guides incluent majorité d’hommes d’affaire et politiciens des plus influents du monde entier. Quel message final voulez-vous leur transmettre sur les raisons d’investir en Guinée ainsi que sur l’EKAP Guinée ?

 


Je demande à tous les lecteurs et tous les investisseurs d’eBiz Guides d’essayer d’investir en Guinée dans le secteur agricole. Il y a d’immenses opportunités pour venir investir dans ce secteur qui est très productif. En Guinée, il n’y a pas d’instabilité politique et il y a une parfaite harmonie entre les populations dans les quartiers, les rues, les préfectures, les sous préfectures. Et du fait que le Président de la République est venu redynamiser ce secteur, cela donne encore plus d’espoir.


Nous avons des milliers d’espaces cultivables que nous n’arrivons pas à exploiter. Une fois l’investissement fait dans le secteur agricole, plusieurs produits pourront être récoltés et exportés. Par exemple en hiver, en Europe le haricot vert manque et nous pouvons faire la production en Guinée, l’exporter et assurer la contre saison. Nous pouvons aussi faire des purées de mangue et en exporter, étant donné que nous en avons en grande quantité et dont certaines pourrissent, car personne n’investit dans ce secteur et ne les récolte. Avec une bonne communication le gouvernement peut véhiculer à travers son exportation l’image réelle du pays. Le gouvernement doit beaucoup communiquer pour attirer les investisseurs parce qu’il y a énormément de potentialités. Par ailleurs, le problème d’énergie commence à s’améliorer grâce à la clairvoyance du Président de la République.


J’encourage tout le monde à venir ici pour constater les opportunités d’investissement qui s’offrent à eux dans le secteur agricole, et ils seront les bienvenus avec toutes les garanties que l’Etat et le gouvernement leur apporteront.

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