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Vous êtes
descendant d'une longue lignée de personnes qui
ont influencé
l'histoire du Liban. Vous-même, vous n'en êtes
pas des moindres puisque vous avez combattu durant la guerre
et repris la direction du parti politique (PSP) fondé
par votre père ainsi que le flambeau de représentant
de la Communauté Druze. Mais vous êtes avant
tout une personne qui défend les intérêts
de sa région, le Chouf. Pouvez-vous nous présenter
les spécificités du Chouf et ce que vous
faites pour le préserver ? Je me suis toujours efforcé de protéger
cette région des ravages du béton. Nous avons
ainsi préservé le coté naturel et originel
de certains villages et axes routiers. Le Chouf est devenue
une attraction écotouristique allant de la plaine de
Damour jusqu'à la réserve de cèdres (environ
1,5 millions) qui recouvre environ 2% du territoire. C'est
la plus grande forêt de cèdres au Liban. Mais
le Chouf ne correspond pas seulement à l'écotourisme,
c'est aussi un endroit où les gens aiment se reposer,
profiter du climat exceptionnel tout en visitant des villages
uniques pour leur accueil et leur architecture qui est un
mélange de plusieurs civilisations. Je pense surtout
au festival annuel de Beiteddine, au Château Moussa
en passant par Mokhtara ou encore Deir El Qamar.
Il y a un siècle, le Chouf était un des pôles
de production de la soie qui était ensuite tissée
à Lyon en France. Mais cette activité a désormais
disparu. Nous avons aussi développé la culture
de l'olive mais cela n'a jamais vraiment percé.
Nous aimerions développer l'industrie dans cette région
mais il faudrait engager une politique de délocalisation
des industries actuellement regroupées autour de Beyrouth.
Nous avons déjà installé une cimenterie.
Vous êtes aussi un homme d'affaires. Quelles sont
les activités dans lesquelles vous avez investi ?
J'ai en effet investi dans le vin (domaine de Kefraya), le
ciment (Société Sibline) et dans le pétrole
à travers la société Cogico qui importe
de l'essence.
En tant que personnalité politique
et représentant
de la communauté Druze, vous recevez chaque semaine
la population locale chez vous au Palais de Mokhtara. Après
les déchirements que le Chouf a subi pendant la
guerre, quels sont les liens qui existent aujourd'hui
entre les membres
des différentes communautés de la région
?
Le Chouf est en effet multiconfessionnel.
Cette région
est représentée par huit députés
: 2 Druzes, 4 chrétiens, 3 Maronites, 1 Grec Catholique
et 2 musulmans sunnites. C'est aussi vrai que la guerre
a
fait des ravages terribles, notamment entre les communauté
Druzes et Chrétiennes. Mais aujourd'hui, la plupart
des réfugiés chrétiens est rentrée
chez elle. |
Mais ce qui compte aujourd'hui c'est de trouver le moyen de
créer des emplois dans la région. Le Liban n'arrive
malheureusement pas à retenir l'élite susceptible
d'entreprendre et créer de la valeur ajoutée.
Ceux qui ont un haut niveau d'éducation préfèrent
travailler à l'étranger pour une meilleure rémunération.
Depuis la fin de la guerre, le gouvernement a surtout axé
le développement du pays autour de Beyrouth et des
grands axes routiers. Les régions ont été
trop délaissées et il n'y a pas eu suffisamment
de délocalisation du développement économique,
car toute l'attention a été
portée sur les services, les banques
Malheureusement, l'agriculture et l'industrie n'ont pas reçu
l'attention nécessaire et de nombreux libanais à
l'extérieur de Beyrouth vivent aujourd'hui dans la
pauvreté. Résultats : des régions entières
se vident pour se concentrer autour de Beyrouth.
Quelles sont vos recommandations
?
A l'heure actuelle, l'économie est bloquée dans
l'attente des échéances politiques de fin 2004.
Il faut aussi prendre en considération l'influence
potentielle de la Syrie. Biensur, il est important de travailler
conjointement avec la Syrie, nous avons un intérêt
réciproque à collaborer. Mais le peuple libanais
ressent souvent trop la présence Syrienne. Il faut
bien que le jeu de la démocratie s'applique. C'est
pourquoi un renouvellement du mandat présidentiel du
Général Lahoud ne serait pas populaire.
Lorsque vous rencontrez des Français, quelles impressions
sur le Liban vous communiquent-il ?
D'un point de vue
historique, nous avons toujours eu de bonnes relations avec
la France. Un grand nombre de libanais ont
suivi leur éducation ou sont installés à
Paris. C'est très bien pour le Liban et la Francophonie.
Le Liban manque sans doute de communication vis-à-vis
de l'Europe et se sont les arabes qui prennent la place.
Mais
je préférerais que cela soit à travers
des investissements plus productifs, qui apportent une réelle
valeur ajoutée au pays et à la population.
Un dernier commentaire que vous souhaiteriez ajouter à
l'attention de nos lecteurs francophones? Le Liban n'est
pas isolé, il fait partie intégrante
du monde arabe. Mais nous restons malheureusement toujours
influencés par l'instabilité politique régional
et notamment du conflit Israélo-Palestinien.
D'un autre coté, nous sommes sans doute le seul pays
du Moyen Orient à offrir une telle diversité
culturelle, une certaine démocratie et liberté
de la presse. Le Liban se maintient donc au niveau politique
et économique même si ce n'est pas encore le
cas au niveau social.
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