Mauritania: Interview with Mohamed Ould El Abed

Mohamed Ould El Abed

Ministre (Ministere Des Affaires Economiques Et Du Developpement)

2007-01-15
Mohamed Ould El Abed

Monsieur le ministre, les prérogatives de votre ministère sont très étendues, quelles ont été les priorités de votre mission dans cette période de transition ?

Rétablir la relation de confiance que nous avons avec nos partenaires de développement, notamment avec le Fond Monétaire International et créer ainsi les conditions pour que le pays puisse bénéficier de l’annulation de la dette. Cela a été pour nous un premier défi. Il nous faut aussi assurer et gérer l’amélioration de l’économie d’une manière générale. D’autre part, nous avons entamé la réorganisation du ministère afin que dans le futur, notre successeur puisse assurer l’intégralité de sa mission efficacement.

Quelles ont été vos premières dispositions pour réussir ce défi?

Nous avons procédé à la révision de l’ensemble des statistiques économiques sous la période 1992-2004. Nous avons accéléré le rythme d’exécution des différents projets de développement et également ralenti le rythme de l’inflation. Les chiffres d’aujourd’hui par rapport à la période 1992-2004 sont très encourageantes, alors que l’exercice ne comptabilise que quelques mois de l’année (6 mois ndlr). Nous avons fait du bon travail en terme de transparence dans la gestion des finances publiques et en ce qui concerne l’allocation optimale des ressources. Il s’agit d’une culture de rigueur que nous sommes en train de développer depuis le début et qui vise à la libéralisation et le contrôle des finances publiques à l’avenir.

Quel message voudriez-vous faire passer aux investisseurs internationaux dans leur relation avec la Mauritanie?

Je voudrais passer aux investisseurs un message clair. Il y a deux décennies, le pays avait opté pour l’économie libérale du fait du système politique qui prévalait en Mauritanie. Cependant, il y avait beaucoup d’entorses et d’entraves à la libre entreprise. Les relations entre les entreprises et la justice étaient décriées par les opérateurs comme étant source d’insécurité pour les investisseurs étrangers. La non-civilité des relations avec l’administration, le degré de traitement des dossiers effrayaient la majorité des investisseurs. Aujourd’hui, avec les reformes que nous avons entrepris dans le cadre de la justice grâce au vent de transparence qui souffle sur l’administration, nous considérons avoir un climat idéal pour que les investisseurs s ‘établissent en Mauritanie et que leurs affaires dans ce pays prospèrent. Nous avons une justice complètement indépendante. Nous avons également simplifié toutes les procédures pour que les délais de traitement des dossiers soient réduits à leur strict minimum. Par ailleurs l’encadrement économique a été assaini. Dans moins de deux mois, il n‘y aura plus de rationnement de devise. Par conséquent, la banque centrale pourra faire face à toutes les demandes pour le rapatriement des bénéfices ou pour la couverture d’importations nécessaires à l’investissement. Cette volonté de transparence avec les investisseurs a voulu que nous adhérions à l’initiative de transparence des autorités administratives, que nous ratifions les conventions des Nations Unies et de l’Union Africaine sur la lutte contre la corruption. Une stratégie nationale contre la corruption a été lancée.
De lors, nous disons aux investisseurs : vous aurez toute la protection qu’il faut pour investir en toute tranquillité, toute la sécurité juridique qu’il faut, mais de grâce sachez que la Mauritanie n’est pas une république bananière où vous pourrez spolier les biens de la population par comportements frauduleux.

La Mauritanie est désormais un pays producteur de pétrole, quels sont les principaux chantiers que ces revenus vont vous permettre de mettre en place ?

La bonne redistribution des richesses générées par les gisements de pétrole récemment découverts doit être la priorité. A travers des politiques publiques d’utilisation de revenus pétroliers, nous favorisons le développement de la base productive du pays et la création d’emplois. Nous sommes en train de prévoir et d’organiser l’orientation des investissements publics de manière prioritaire par les secteurs qui participent à la diversification de la base productive et à la création d’emplois, qu’il s’agisse du secteur rural, du secteur minier, du secteur du tourisme, du secteur de la pêche ou du secteur des infrastructures. Nous proposons une vision de stratégie qui permette d’améliorer les activités du pays dans les secteurs où les plus pauvres de cette population travaillent. L’ère pétrolière permettra également une meilleure qualité de service public de la santé, de l’éducation, etc. Nous espérons que cette tendance se poursuivra au cours des prochaines années. L’entrée dans l’ère pétrolière aura également des répercussions en terme de stabilité des prix car notre souci, ainsi que je l’ai signalé auparavant, est de mettre en œuvre une politique qui puisse stabiliser l’inflation.

La France est un pays qui a eu un rôle prépondérant dans l’histoire Mauritanienne, quelle est la place de la France aujourd’hui, notamment concernant les relations de votre pays avec l’Union Européenne?

La France est un partenaire privilégié de la Mauritanie, qu’elle a accompagné depuis l’indépendance. Nous avons une relation forte. Les entreprises françaises sont présentes dans de nombreux secteurs d’activité : pétrole, agriculture, infrastructures, tourisme... Nous avons beaucoup des projets à réaliser ensemble. L’Union Européenne reste un partenaire bilatérale d’échanges commerciaux, et nous avons d’extraordinaires relations politiques. Son appui à la période de transition en cours a été déterminant et je suis certain que cette relation de confiance se développera, et que les relations économiques des investissements de l’Union Européenne dans le pays viendront se rajouter à la dimension politique.

Quelle est votre vision de la Mauritanie dans une dizaine d’années ?

La Mauritanie est un pays paradoxal. Le pays est riche et la population est pauvre. La Mauritanie a la côte la plus poissonneuse au monde, la demande en fer est très prisée en Chine, nous avons des centaines de milliers des terres irrigables et exploitables…Le problème est la gouvernance, qu’elle soit politique ou économique. Aujourd’hui, tous les mauritaniens sont unis pour dire qu’avec les nouvelles reformes, le pays amorce une nouvelle phase de son histoire… Nous verrons de l’eau potable partout sortant des robinets et de puits, un niveau salarial élevé. Ceux qui font des études pourront acquérir de réelles capacités et revenir travailler dans le pays.

Dans moins d’un an, il y aura quelqu’un d’autre à votre place, quelles sont les modifications que vous êtes en train d’apporter au Ministère pour que son travail soit le plus aisé possible?

Il y a pour moi deux taches essentielles : la première, le ministère doit être fonctionnel. La réorganisation du ministère est amorcée afin d’amener une équipe de technocrates brillants, très sérieux, et qui ne souffrent d’aucune mauvaise réputation en terme de gestion. La deuxième est l’ancrage dans le ministère d’une culture de transparence, de modernité, dans le suivi de l’investissement public. Contrairement à ce qui se passait auparavant, nous avons aujourd’hui une direction des travaux qui a su établir avec les différents départements sectoriels des mécanismes de suivis rapprochés qui nous permettent de connaître quasiment au jour le jour l’état d’avancement de plusieurs projets structuraux. Mais il faudrait rajouter autre chose : rendre plus fluides les relations avec d’autres départements ministériels.