| Interview avec Prof. Sebastien Dano Dejdje
Le Ministre de la Reconciliation Nationale
Abidjan, 3 Février 2005 - Monsieur le Ministre, le Ministère de la Réconciliation est une initiative récente du gouvernement ivoirien puisqu’il a été créé en mars 2003. Pouvez-vous brièvement partager avec nous les conditions de création de votre ministère et ses principales attributions et objectifs ?
Le Ministère de la Réconciliation Nationale n’a pas été créé à la suite des accords de Linas-Marcoussis tel qu’on pourrait le penser mais suite à Accra II, au même titre que le Ministère de la Lutte contre le Sida et le Ministère de la Solidarité, de la Sécurité Sociale et des Handicapés. Notre ministère a été créé pour une raison simple : le Président de la République a pensé qu’il était important que nous mettions en place un mécanisme pour aplanir définitivement tous les cas de frustration liés au conflit que connaît le pays. Car en effet, au-delà des préjudices conjecturels que nous connaissons actuellement, il y a également une résurgence d’autres problèmes sous-jacents dans notre société, qui existaient depuis longtemps mais auxquels nous n’avions jamais prêté attention. La cohésion sociale, qui est notre objectif, c’est de permettre aux habitants de ce pays de vivre en symbiose avec nos différences ethniques, religieuses et politiques. L’essentiel c’est que chacun dans son camp puisse faire preuve de tolérance vis à vis de l’autre, d’accueil, de fraternité et de solidarité. C’est à la fois simple et complexe, et c’est cette mission qu’il nous faut réussir. Il nous appartient de mettre en place tous les mécanismes nécessaires pour récréer l’unité nationale. Nos objectifs à court, moyen et long termes sont simples : il s’agit tout d’abord de créer les conditions nécessaires pour cette cohésion sociale et en même temps de mettre en place des mécanismes pour y aboutir. Nous sommes partis sur la base des problèmes posés par l’Accord de Linas Marcoussis et avons tenté de réfléchir aux actions nécessaires pour favoriser le processus de réconciliation nationale. Pour vous donner un exemple, un de nos objectifs est de ramener la presse à un comportement responsable vis à vis des problèmes de la société. Il faut prendre en considération que le taux d’analphabétisme du pays atteint les 60%. Dans ce contexte, si la presse véhicule un message qui ne va pas dans le sens de l’apaisement social, elle devient elle-même un problème. La presse peut parfois être plus meurtrière que les balles de kalachnikov. C’est pourquoi nous l’impliquons fortement dans ce processus, en l’incitant à véhiculer des messages tendant au raffermissement de la cohésion sociale et de l’unité nationale. La réconciliation est une priorité pour le gouvernement, dans ce cadre quels sont les challenges auxquels le ministère de la réconciliation doit faire face et les mesures prises pour atteindre ses objectifs ? En effet la réconciliation nationale est une priorité du gouvernement, mais tout d’abord une priorité du Président de la République qui a pris l’initiative de la création du Ministère de la Réconciliation Nationale. Bien que le gouvernement dans son ensemble ait pour appellation « Gouvernement de Réconciliation Nationale », le Président de la République a insisté pour la création de ce ministère qui a été confié au Front Populaire Ivoirien. Car comme je l’ai expliqué tantôt, après la guerre il faut faire la paix. Et lorsqu’on fait la paix il y a des mécanismes qu’il faut mettre en place pour que cette paix soit durable. Le ministère a donc comme mission de veiller sur la paix et la protéger, car nous nous sommes rendu compte qu’elle est fragile. Jusque là nous pensions que la Côte d’Ivoire n’allait jamais connaître la crise parce que les fondations posées par Houphouët-Boigny avaient permis d’avoir une société plus fraternelle, plus unie ; du moins en apparence. Car, Houphouët-Boigny durant tout son règne a malheureusement crée des frustrations, d’énormes frustrations dont nous subissons aujourd’hui les contrecoups. Et comme c’était Houphouët, on ne pouvait rien dire, il était intouchable. Mais après sa mort, ces frustrations ont ressurgi et ceux qui ne parlaient pas hier ont trouvé l’occasion de parler. Ils ont parlé et au lieu d’en rester au stade des attaques verbales nous en sommes arrivés aux armes et ça c’est dommage. A tort ou à raison, une frange de la population s’est senti marginalisée, frustrée, piétinée, ne serait-ce que pour cette raison, il fallait donc que ce ministère soit créé pour apporter des solutions à ces problèmes de frustration. A la vérité, je dois avouer que les frustrations dont parle l’habitant du Nord, appelé communément Dioula, sont réelles. Mais personne n’avait imaginé l’étendue du dégât. Ces frustrations venaient du contrôle discriminatoire des papiers (carte d’identité, carte de séjour) qui tourne le plus souvent au harcèlement lorsqu’il s’agit d’un Dioula. Le fait qu’il soit commerçant donc voyageur et manipulateur d’argent, fait du Dioula, une victime naturelle du racket policier. Ce sont tous ces ressentiments qui ont refait surface aujourd’hui. Il est important de souligner que cela n’a été à aucun moment une politique volontaire d’un quelconque gouvernement et encore moins du gouvernement de Laurent Gbagbo qui est socialiste. C’est tout simplement les comportements de certains individus véreux que nous n’avons pas vu venir et qui ont provoqué ces frustrations. Malheureusement, cela a été instrumentalisé par certains hommes politiques originaires du Nord qui en ont fait un instrument de chantage politique. Si le Dioula du Nord le dit c’est qu’il l’a vécu, nous devons donc l’approcher pour lui dire que cela n’est pas le résultat d’une politique délibérée, mais uniquement le fait d’agents véreux et de personnes inconscientes. Mais à tout cela nous allons, ensemble, chercher des solutions. Nous intervenons donc au niveau du ministère de la Sécurité Intérieure pour dire qu’il faut humaniser les contrôles, qu’il faut que le policier qui est affecté au contrôle routier ait un comportement citoyen. Les forces de l’ordre doivent avoir un comportement responsable, une attitude respectueuse. Ces valeurs sont d’ailleurs enseignées dans les écoles de formation. C’est pourquoi, nous devons privilégier la voie de la sensibilisation. Nous nous sommes retrouvés avec les hommes politiques pour discuter et leur faire part de notre vision de la société en leur parlant des tracasseries policières, des frustrations, des rackets dont ils parlent pour leur expliquer comment cela se passe sur le terrain. Que pouvons-nous faire ensemble en tant qu’hommes politiques ? Ensemble nous devons éduquer les forces de l’ordre et la société dans son ensemble à adopter un comportement citoyen. Nous avons d’ailleurs constaté au cours des rencontres entre hommes politiques, que lorsqu’ils s’asseyent pour échanger véritablement et y mettent de la bonne volonté, cela donne des résultats positifs. Lors d’un séminaire, organisé en collaboration avec l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique à Grand-Bassam, nous nous sommes rendus compte que si les hommes politiques se parlent, les choses avancent. La communication doit donc exister entre partis politiques et entre citoyens de façon générale. Il faut une bonne dose de tolérance. Il faut que nous soyons suffisamment humbles pour percevoir l’importance de l’autre. C’est cette humilité qui peut nous permettre de nous faire comprendre et de nous faire écouter par tous. Il faut prendre le temps de nous écouter mutuellement. Ce sont ces messages là que nous véhiculons à la presse, aux hommes politiques et à la société civile. Et nous sommes heureux de constater aujourd’hui que c’est la société civile qui nous sert de relais sur le terrain. Le ministère de la réconciliation nationale a mis en place des comités locaux de réconciliation, pouvez vous nous en dire plus ? Ces comités locaux ont étés créés afin d’être en contact permanent avec la population à la base. Chaque fois qu’on entendra parler d’un conflit ici ou là, ces comités pourront intervenir et tenter de mieux comprendre, de calmer la situation si possible. Si la situation est délicate, ils peuvent en référer directement au ministère. Ces comités locaux travaillent en partenariat avec les ONG , la société civile, les autorités politiques,religieuses et coutumières de chaque localité. Nous nous sommes aussi intéressés à la tradition car nous estimons que nous sommes allés trop vite en besogne dans la modernisation de notre société africaine. Lors du passage à la démocratie, nous avons voulu créer une démocratie à l’occidentale sans avoir eu la formation et la sensibilisation nécessaires à la base de notre société. En 1990, le multipartisme est arrivé et tout le monde s’est impliqué, certains ont créé des partis politiques dans l’espoir de bénéficier de subventions de l’Etat. C’est sur cette base que beaucoup de partis politiques ont été créés en Côte d’Ivoire. Il en existerait une centaine mais seulement cinq au maximum ont un fonctionnement normal ; la nature a donc fait son choix par la suite. Mais ces individus qui ont créé ces partis existent encore et chacun attend son heure pour se faire voir, d’où ces prises de position un peu désordonnées auxquelles nous assistons ici et là depuis le déclenchement de la crise. Il y a lieu de chercher à impliquer tout ce monde dans le processus de réconciliation nationale. Et nous allons le faire sur la base de nos traditions. En effet, nous avons notre façon de régler les conflits qui est différente de celles des occidentaux ; et l’objectif que nous poursuivons actuellement, c’est de marier le mode de règlement de conflit moderne et le mode de règlement de conflit traditionnel. Le mode de règlement traditionnel nous a beaucoup aidé sur certains points. Voilà un peu ce que nous faisons à travers nos comités locaux de réconciliation pour veiller sur la cohésion sociale.
Pouvez-vous partager avec nous l’essence de ce qu’on dénomme l’Ivoirité? Si on veut être honnête, l’Ivoirité tel que présenté par Henri Konan Bédié et son équipe, ne peut pas être à la base de la situation que nous connaissons aujourd’hui. Nous pensons que ce concept a été un prétexte pour certaines personnes d’engager une lutte qui leur est propre. Personnellement je ne connais pas le contenu réel du concept d’Ivoirité, je n’en suis pas le créateur, je n’ai mené aucune des discussions ou des réflexions sur son contenu. La diversité ethnique du pays en fait un véritable melting-pot, ne pensez-vous pas que ce soit une force pour le pays et la société ivoirienne ? Ma vision est très optimiste, c’est une vision humaniste que j’ai de la Côte d’Ivoire. Le pays est certes petit, mais il ressemble aux Etats-Unis d’Amérique. J’ai toujours dit que la diversité culturelle, ethnique et religieuse doit être une force, c’est même une richesse. Vous imaginez le monsieur qui vient du Burkina Faso, du Ghana, du Niger ou de la Centrafrique, il vient s’installer en Côte d’Ivoire d’abord seul pour voir comment la société fonctionne et après, lorsqu’il se sent heureux, il fait venir sa famille et ensuite sa communauté. C’est ce que nous avons observé en Côte d’Ivoire. Les burkinabé sont devenus 3 millions en Côte d’Ivoire. Les Maliens c’est pareil, les Guinéens on ne les compte même plus et toutes ces communautés sont représentées ici aujourd’hui. En plus des 60 ethnies qui peuplent la Côte d’Ivoire, il faut ajouter une dizaine d’ethnies étrangères tel que les mossis, les groussis, les dagaris, les N’gbin etc. qui sont des ethnies burkinabés installées dans notre société. Si on veut être rigoureux dans les investigations on peut arriver à dénombrer une centaine d’ethnies en Côte d’Ivoire, même si elles n’ont pas toutes une représentation géographique. Et cela doit être une richesse, chaque ethnie venant avec sa culture, sa conception de la vie, ses traditions, etc. : c’est tout ça qu’il faut mettre ensemble pour faire une nation. Malheureusement nous n’en sommes pas encore à ce stade. Nous en sommes au stade traditionnel où chacun arrive et il pense qu’il doit dominer là où il se trouve. S’il y a un conflit c’est certainement par rapport à ce comportement. Ce que nous remarquons aujourd’hui et qui complique notre intervention sur le terrain, c’est que l’allogène, par exemple le Burkinabé ou le Malien, quand il est arrivé, il était ouvrier agricole (employé dans les plantations), avec l’évolution il est passé d’ouvrier agricole à exploitant agricole. Donc quand l’autochtone s’est rendu compte que de propriétaire il allait devenir employé cela a créé des problèmes. La richesse du Café-Cacao a fait que ceux qui étaient hier des ouvriers ont pris le dessus sur le plan économique. Dans les villages les habitants n’ont pas encore suffisamment de recul pour réfléchir sur l’évolution de la société, si bien que nous assistons malheureusement à des réactions disproportionnées. Vous comprenez donc que la crise sociale que nous vivons n’est purement et simplement qu’un conflit d’autorité. Sur certains dossiers ils ne se maîtrisent pas et ils se plaignent. Donc c’est un peu ça que nous vivons, c’est un conflit d’autorité. Celui qui a été le chef il n’y a pas si longtemps va devoir affronter ces gens qui sont arrivés au moment des indépendances, de 1940 à 1950 et qui se comportent en nouveaux patrons. Dans le même temps, il se pose le problème des terres cultivables pour les jeunes autochtones désireux de revenir dans village d’origine.
Après enquête on se rend bien compte qu’il n’y a jamais eu de contrat de vente pour les terres, alors il faut imaginer des procédures de régularisation. Et cela n’est pas du goût des étrangers ou allogènes qui occupent ces terres. En pareilles situations, sels des règlements à l’amiable sont souhaitables.
La jeunesse ivoirienne est au centre de votre politique de réconciliation, vous l’avez d’ailleurs désignée comme « cultivateur de la mémoire collective », pouvez vous nous en dire plus sur le rôle que vous entendez lui faire jouer ? Je pense qu’il ne peut y avoir de réconciliation nationale en marginalisant les jeunes. La jeunesse doit être l’auteur principal de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Parler aux jeunes entre 15 et 18 ans et même aux enfants qui vont à l’école pour leur inculquer la paix, leur donner des leçons de culture de la paix c’est essentiel pour prévenir la crise. Nous sommes en discussion avec le Ministre de l’Education Nationale pour étudier comment introduire la culture de la paix dans notre système d’enseignement moderne. C’est un point fondamental, parce que cette jeunesse qui aujourd’hui est dans tous ses états n’aura pas de repères demain si on ne lui fait pas comprendre qu’il n’y a que par la paix qu’elle peut s’épanouir. Tous les programmes que le gouvernement peut concevoir ne pourront aboutir que lorsque le pays sera en paix et unifié. Tant que nous resterons en conflit, aucun programme économique, même conçu par les plus grands experts en la matière, ne connaîtra un aboutissement heureux. Les jeunes sont au centre de notre programme d’action car c’est cette jeunesse qui est manipulée par les politiques. La pauvreté les incite à percevoir 5.000 FCFA ou 10.000FCFA pour aller tuer plutôt que de tenter de trouver du travaille et gagner un salaire misérable. Tant que nous n’arriverons pas à régler ce problème nous serons toujours confrontés à des crises, non seulement en Côte d’Ivoire mais en Afrique en général, parce que tous ces jeunes qui rejoignent la rébellion, ce sont des jeunes désœuvrés de la Sierra Léone, du Burkina Faso, du Mali, du Libéria etc.… Un gamin qui n’avait jamais vu un billet de 5.000FCFA et qui se retrouve avec un billet de 10.000FCFA un beau matin car il a prit les armes, il en conclut que la kalachnikov peut rapporter plus d’argent que le travail laborieux qu’on lui proposait antérieurement. Du coup il va combattre et quand la crise s’éternise, il utilise sa kalachnikov comme un moyen de chantage, d’obtention de richesses, de pression sur les populations : c’est ainsi qu’il subvient à ses besoins. Et nous ne parlons pas uniquement de ses besoins basiques mais également ses fantasmes, sa libido, ses rêves de pouvoir, en tuant les paysans et en ramassant leur café-cacao et leurs biens pour les vendre ailleurs. Ils sont même allés jusqu'à piller les banques qui se trouvent dans la zone occupée. C’est celle-ci notre réalité et c’est pourquoi nous pensons que cette jeunesse a besoin d’être encadrée, sensibilisée et éduquée en priorité. Lorsque le programme DDR a été initié ici en Côte d’Ivoire, nous nous sommes fixé comme priorité de Désarmer, Démobiliser et Réinsérer (DDR) les jeunes en armes. Cependant, il est important de souligner que ceux qui ne sont pas en armes sont aussi pauvres que ceux qu’on va réinsérer, et on ne peut oublier cette frange de la population. J’ai donc proposé qu’on prenne en compte toute la jeunesse ivoirienne lors des programmes de réinsertion afin d’avoir plus de chance d’aboutir à une paix durable. Il ne faut pas sous-estimer notre jeunesse et il nous faut la placer au centre du processus de réconciliation pour garantir un futur de paix durable à notre pays. Je serai heureux lorsque les jeunes viendront me dire de les accompagner dans le processus de réconciliation. Malheureusement aujourd’hui nous avons d’un côté ces jeunes qui ne sont pas en armes, les « jeunes patriotes » qui n’ont que leur poitrine et leur parole pour combattre, et la jeunesse en rébellion du côté des zones assiégées. D’un côté des jeunes de la rue et de l’autre des jeunes à parole qui s’affrontent, d’où la mobilisation spontanée qu’on constate tous les jours. Malheureusement au lieu de nous aider à sensibiliser cette jeunesse et lui promettre un avenir meilleur, on les dénigre et ce n’est pas la bonne manière pour régler les problèmes et ramener la paix en Côte d’Ivoire. Nous sommes également intéressés par l’homme derrière la fonction, Pouvez-vous brièvement partager avec nous votre parcourt professionnel ainsi que vos plus grandes satisfactions à la tête du Ministère de la Réconciliation Nationale ? Avant d’en arriver là, je voudrais indiquer qui je suis dans mon intimité. Je suis le dernier fils d’une famille très nombreuse. Mon père a été un ancien combattant. En tout bon africain il a eu beaucoup de femmes avec beaucoup d’enfants, dont je suis le tout dernier. Ayant perdu mon père très tôt, j’ai été éduqué par ma mère ainsi que mes frères et sœurs dans un concept familial. C’est sûrement ce qui explique mon comportement face à tout type de problèmes : chaque chose en son temps. Tous les problèmes doivent être réglés un à un. Au niveau scolaire et universitaire je suis allé à l’école comme tout le monde, mais j’ai eu la chance d’avoir réussi à l’école et à l’université. J’ai un diplôme de pharmacien et de professeur agrégé, je suis actuellement enseignant à l’université. J’ai eu la chance d’avoir une épouse occidentale qui m’a très vite compris et qui m’a beaucoup aidé dans mon combat politique. Elle m’a énormément soutenue et m’a donc permis de me consacrer à ma vie politique. Car depuis que nous nous sommes engagés dans cette lutte, cela n’a pas été facile du tout. En ce qui concerne ma plus grande satisfaction… Lorsque le Président Laurent Gbagbo est arrivé avec ses idées nobles, nous les avons toutes adoptées, nous nous sommes engagés dans cette lutte à ses cotés. Nous étions parmi les rares aisés dans le parti : nous avions un salaire, nous étions fonctionnaire et le Front Populaire Ivoirien vivait du salaire de chaque militant car nous n’étions pas subventionnés. Houphouët-Boigny n’était pas facile à affronter politiquement mais Gbagbo l’a fait depuis son jeune âge, et nous avons pris le train en marche dans les années 88-90 pour le soutenir dans la lutte. Lorsque le parti a été reconnu officiellement il fallait l’entretenir. C’était sur la base des cotisations des uns et des autres que nous y sommes parvenus. Ma plus grande satisfaction est venue le jour où Laurent Gbagbo a été élu président de la République de Côte d’Ivoire. Nous nous sommes battus et je suis bien placé pour dire que ce n’était pas évident, car en tant que Secrétaire National Chargé les Elections et des Relations avec les Elus j’étais chargé de préparer les Elections. J’étais alors le représentant du candidat Gbagbo au niveau de la commission, c’est moi qui parlais en son nom. J’ai donc vécu tous les moments forts de cette période. Nous avons passé des nuits très difficiles notamment les nuits du 22 octobre jusqu’au 26 octobre 2000. Le Président Guéi voulait confisquer les résultats des élections mais le peuple est descendu dans la rue pour protester et le Général Guéi a fui. Vous ne pouvez pas imaginer notre joie lorsque, suite à ces évènements, le président Gbagbo a prêté serment. Nous avons néanmoins combattu de forme démocratique, sans armes et c’est pourquoi nous sommes peinés de voir qu’aujourd’hui la lutte politique est devenue une lutte sanguinaire, alors qu’elle devrait demeurer une lutte démocratique. Je suis ensuite devenu Ministre de la jeunesse dans le gouvernement dans le 1er gouvernement du Président Gbagbo, puis Ministre chargé des Relations avec le Parlement, ensuite Ministre de l’Agriculture, et depuis la mise en œuvre du Gouvernement de Réconciliation Nationale, Ministre chargé de la Réconciliation Nationale.
En tant que Ministre de la Réconciliation nationale quel message voulez-vous adresser à la communauté internationale ? Le message que je voudrais lancer c’est que la communauté internationale qui a essayé de nous aider l’a fait pour participer à la lutte contre la pauvreté dans le pays. Car nous les pays africains nous sommes pauvres et notre pauvreté encourage les pays occidentaux à se débattrent comme ils peuvent pour nous aider. Pour ce faire, ils ont essayé d’établir les conditions d’épanouissement minimum, c’est à dire le développement industriel, le développement agricole, la formation, la santé, etc. Cependant les effets de ces actions ne peuvent être bénéfiques que si nous évoluons dans un environnement sécurisé qui permettra que toutes les aides apportées puissent être utiles à la population et à la lutte contre la pauvreté. C’est pourquoi l’appel que je lance c’est celui de continuer à lutter pour le retour de la paix en Côte d’Ivoire. Le pays est tombé en crise et on ne l’avait jamais imaginé. Mais la crise est là et la seule manière de régler le problème ivoirien c’est de faire preuve de lucidité, de voir les problèmes en face et de les régler franchement et non de tergiverser, de ruser avec l’opinion internationale et l’opinion nationale. Aujourd’hui le seul problème politique en Côte d’Ivoire c’est le désarmement et la réunification du pays. Les organisations internationales doivent nous aider à concrétiser le désarmement et la réunification du pays. Ainsi, les investisseurs seront en confiance, car celui qui investit de l’argent ne va pas l’investir là où les armes crépitent. Pour ces derniers, je voudrais souligner que 100 francs investis en Côte d’Ivoire ont des répercutions au Burkina Faso, au Mali, au Niger, en Guinée etc. L’ouvrier qui est par exemple ressortissant du Burkina Faso travaille et quand il perçoit son salaire une partie sera transférée à son pays d’origine. Investir en Côte d’Ivoire a donc des répercutions positive pour la sous-région dans son ensemble. Nous constatons aujourd’hui que pendant que nous faisons des efforts pour sortir de la crise il y a des résolutions contre-nature qui sont prises : le renforcement de l’embargo, la liste noire de l’ONU (qui existerait pour condamner entre autre madame Gbagbo parce qu’elle est l’épouse du Président de la République). Ce sont des comportements qui n’aident pas à la réconciliation en Côte d’Ivoire. Ces résolutions vont contre les objectifs mêmes de la réconciliation nationale parce qu’elles perturbent le processus de réconciliation nationale déjà mit en place. Il faut que les uns et les autres soient écoutés afin d’aboutir à la réconciliation et c’est dans ce sens que nous sollicitons l’aide de la communauté internationale. Nb : World Investment News cannot be held responsible for the content of non-edited transcriptions |