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Entretien Avec Monsieur Yao N’goran
Directeur Général De La Sodefor
23 Fevrier 2005
Q1 / : Compte tenu de l’importance de l’écosystème forestier, le gouvernement ivoirien a confié à la SODEFOR la gestion de l’ensemble des forêts classées. Pouvez-vous partager avec nous de quel type de richesse forestière dispose la Côte d’Ivoire et nous présenter les attributs de la SODEFOR ?
R1 /: La Côte d’Ivoire dispose d’environ 231 forêts classées et de parcs nationaux qui sont gérés par le Ministère de l’Environnement. Il y a également des domaines ruraux, qui comportent des forêts non classées et gérées par le Ministère des Eaux et Forêts. Si nous voulons parler de richesse forestière, c’est de ces trois types de forêt dont nous disposons.
Dans ce contexte la SODEFOR a pour mission de rédiger les plans d’aménagement des forêts classées, de les mettre en exécution ou de les faire mettre en exécution sous son contrôle, de surveiller ces forêts classées et de les protéger contre les feux de brousse ; En un mot d’en faire une gestion durable. Il faut les reconstituer et les pérenniser parce qu’il y a des endroits où la forêt a été endommagée.
Q2 /: Pouvez-vous nous donner les chiffres clés liés aux forêts sous la responsabilité de la SODEFOR ainsi que ceux de l’Entreprise elle-même (superficies gérées, nombre d’employés, etc.)?
R2 /: Il y a environ 4 millions d’hectares de forêts naturelles classées sous notre gestion et 180.000 hectares de reboisement qui ont été réalisés. Ce dernier chiffre tient compte aussi bien des reboisements effectués par la SODEFOR que ceux réalisés par les industriels depuis la création de la SODEFOR.
En temps normal, nous avons environ 800 employés déployés sur tout le territoire national. Cependant, du fait de la guerre, tous les employés qui se trouvaient au Nord sont redescendus vers le Sud pour des questions de sécurité. Par conséquent, les forêts de la zone occupée ne sont plus protégées jusqu’à la fin de la crise.
Q3 / : Quelle est la structure organisationnelle de la SODEFOR à travers le pays ?
R3 / : La SODEFOR dispose de 7 Directions Régionales à travers le pays. Ce sont les Directions des Centres de Gestion situées respectivement à Abengourou, à l’Est ; Gagnoa et Daloa au Centre-Ouest ; San pédro, au Sud-Ouest ; Agboville, au Sud-Est ; Man, à l’Ouest et enfin Bouaké, dans le centre du pays. Actuellement les Directions de Bouaké et de Man échappent totalement à notre contrôle , tandis que celle de Daloa l’est partiellement du fait de leur position en zone assiégée.
Q4 /: Dans quelle zone géographique du pays se trouvent les forêts de la Côte d’Ivoire et de quels types de bois disposent-elles ?
R4 / : Une bonne partie des forêts se trouvent dans le Sud. La superficie des forêts se trouvant en zone occupée est cependant non négligeable. En ce qui concerne le Centre, nous avons une grande plantation de Teck. Dans l’Ouest nous avons également une bonne partie de nos forêts naturelles. Dans le Nord nous avons quelques forêts mais toutes ces zones nous échappent du fait de la crise sociale. Les informations qui nous y parviennent font état de ce que tout a été dévasté par les rebelles.
Q5 / : Le bois joue un rôle considérable en Côte d'Ivoire. En effet, la forêt emploie 40.000 personnes et le bois reste de très loin le combustible le plus utilisé par les ménages dont il couvre 70% des besoins en énergie. Comment percevez-vous l’évolution du secteur à court terme?
R5 /: Il est important de noter qu’avec l’expérience, nous avons remarqué qu’il est impossible de protéger une forêt sans la population autochtone. La population protège la forêt en même temps que nous. Pour l’amener à le faire, nous travaillons en collaboration avec les populations locales.
S’il y a des clandestins qui sont dans nos forêts et qui occupent des espaces, nous ne les chassons pas. Nous discutons avec eux et négocions pour qu’ils acceptent de planter des arbres dans les parcelles qu’ils ont occupées clandestinement. C’est ainsi qu’ils continuent de récolter les fruits de leurs plantations. En entretenant les plantations, ils entretiennent les bois que nous avons plantés et nous les payons pour cette tâche. Le jour où ces arbres atteignent l’âge adulte et que leurs plantations ne peuvent plus exister, ces personnes quittent la forêt. Nous adoptons cette politique de partenariat de façon à contribuer à leur développement personnel et économique.
Nous pensons que ces actions sont un bon moyen de lutter contre la pauvreté des populations riveraines.
Aujourd’hui les villageois vivant aux alentours des forêts interviennent dans tous nos travaux forestiers. Ce sont eux qui réalisent les reboisements et les pépinières contre rémunération. C’est la population qui nous aide à lutter contre les feux de brousse en s’organisant en coopératives. Lorsque dans une zone, il n’y a pas eu d’incendie, ils reçoivent des primes d’encouragement pour objectif atteint.
Au niveau de cette population, nous essayons de développer des micros projets tel que l’apiculture pour la production du miel (à Abengourou) ou la fabrication de charbon de bois. En effet lorsque nous plantons des bois, des éclaircies sont aménagées de façon périodique, c’est-à-dire qu’on diminue le nombre d’arbres à l’hectare pour permettre aux autres de mieux croître. A cette occasion certains arbres sont coupés et nous invitons les habitants autochtones à en faire du charbon. Certains autres sous-produits sont également vendus pour les constructions immobilières. Ainsi, nous soutenons un nombre conséquent d’activités qui sont mises en place soit par des particuliers rassemblés en coopératives soit par des entreprises.
C’est un moyen de faire comprendre à la population que la forêt peut contribuer à son développement personnel. Pour cela, il suffit qu’ils acceptent de participer au développement et à la surveillance de cette forêt.
Q6 / : Est-ce que cette sensibilisation des populations fait partie des attributions de la SODEFOR?
R6 /: Cette sensibilisation fait, en effet, partie de nos fonctions. Nous y sommes obligés car sans la population la conservation de la forêt n’est pas possible. Nous ne pouvons pas avoir un employé derrière chaque arbre, c’est pourquoi nous faisons appel aux villageois pour les travaux d’entretien qui permettent de marquer leur présence quasi-permanente.
Q7 /: La SODEFOR joue un rôle important en ce qui concerne l’aménagement forestier au niveau national, conformément à la politique forestière. Quelle est aujourd’hui la position qu’occupe la SODEFOR au niveau national ? Quels sont les avantages comparatifs par rapport à d’autres compagnies ?
R7 /: La SODEFOR n’a plus le monopole de l’aménagement forestier. Il est vrai en ce sens que nous gérons en partenariat les forêts classées avec certaines entreprises du secteur privé. Mais dans cette gestion, c’est la SODEFOR qui contrôle la mise en œuvre de l’aménagement. Lorsque le secteur privé a besoin d’expertise, il fait appel à la SODEFOR. Lorsque l’opérateur privé doit commencer à travailler, il présente un programme annuel d’activité à la SODEFOR. Ce programme est agréé par la SODEFOR. La mise en œuvre de ce programme est suivie par la SODEFOR et qui met fin à la convention d’aménagement en cas de non respect des clauses.
C’est-à-dire que l’opérateur privé gagne en termes de profit et en termes d’assurance d’approvisionnement mais il se doit d’investir pour pérenniser l’exploitation de la forêt. Il s’agit donc d’une relation qui bénéficie aux deux parties. Il est également important de noter que l’opérateur privé a l’obligation de travailler avec la population autochtone.
Q8/ Peut-on dire que la SODEFOR est le passage obligé pour accéder à l’exploitation des forêts classées?
R8/ Exactement. La SODEFOR rédige le plan d’aménagement, délivre l’agrément à la société qui doit aménager la forêt, signe la convention avec l’opérateur privé. Tout se passe à la SODEFOR. Bien entendu nous avons un conseil d’administration qui de temps en temps nous demande des comptes. L’Etat qui est le propriétaire des forêts classées, représenté par le Ministère des Eaux et Forêts, a des représentants au conseil d’administration mais c’est la SODEFOR qui agrée et signe les conventions.
Pour l’Etat, il s’agit d’une manière de financer la conservation de la forêt par le privé pendant que le privé tire aussi son intérêt de cette forêt. Pour le privé c’est une garantie d’approvisionnement alors que pour l’Etat c’est une garantie de pérennisation de la forêt car il ne dispose pas suffisamment de moyens financiers pour faire face à toutes les dépenses d’infrastructure à l’intérieur de la forêt (pistes, ponts, etc.).
Q9 /: La SODEFOR est-elle à la recherche de nouveaux partenaires ?
R9 /: La SODEFOR est à la recherche d’un partenaire financier puisqu’il nous est impossible de nous auto financer à 100%. Nous souhaitons évoluer vers un auto financement à 30%, puis rechercher les 70% de financements à travers des partenaires.
Nous pensons après la crise, pouvoir avoir accès au financement extérieur. Actuellement nous nous préparons en faisant les inventaires de nos forêts pour connaître ce que nous avons sur place en quantité et en valeur. Ainsi lorsque le moment viendra, nous prendrons contact avec des opérateurs économiques intéressés par nos forêts pour signer des accords de financement.
Q10 /: Nous sommes aussi intéressés par l´homme derrière la fonction, pouvez-vous partager brièvement votre parcours professionnel jusqu’à votre nomination comme Directeur Général de la SODEFOR ainsi que vos plus grandes satisfactions á ce poste?
R10 / Il est difficile de parler de soi. J’ai été conseiller technique du Ministre des Eaux et Forêts, ensuite j’ai été directeur régional puis directeur central de ce même ministère. Finalement j’ai accédé à la direction générale de la SODEFOR.
Ma plus grande satisfaction, c’est à la SODEFOR que je l’ai ressentie puisque j’ai l’impression de faire quelque chose de positif pour la forêt. Ici, je suis en contact direct avec la forêt, je suis entouré de collaborateurs compétents qui travaillent depuis longtemps dans le secteur et qui sont prêts à collaborer avec moi pour amener l’entreprise vers le succès. Ici nous pouvons aller sur le terrain et voir les choses évoluer. Nous voyons tout de suite le fruit de notre travail, nous prenons contact avec le monde de la forêt et c’est très enrichissant.
Q11 /: Nous sommes en Côte d’Ivoire pour promouvoir le pays auprès des investisseurs internationaux, Quel message final aimeriez-vous leur adresser?
R11 : Le message que je peux leur adresser c’est que la forêt est un bon investissement sous les tropiques, surtout en Côte d’Ivoire où nous avons des sols forestiers très riches. Actuellement avec cette crise qui a dévasté une bonne partie de notre forêt, nous avons besoin de voir de nouveaux acteurs qui veulent investir dans notre forêt.
Nous pensons que s’il y a des gens qui veulent investir dans la forêt, la SODEFOR est le partenaire idéal et la Côte d’Ivoire le bon endroit. Actuellement il y a beaucoup de personnes qui veulent s’installer ici pour transformer du bois. Nous avons des sociétés qui nous ont contactés. Nous pouvons citer la SNCI, qui est une société installée en Côte d’Ivoire et en Centre Afrique. Nous avons également été contactés par General Hoot, une entreprise canadienne qui est intéressée aussi par nos bois de plantation. Le pays offre de nombreuses opportunités d’investissement et nous sommes présent pour aider tous les acteurs intéressés.
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