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Entretien avec Monsieur Vincent Gadou Kragbé
Commissaire Général De la Zone Franche de la Bio technologie, des Technologies
de l’Information et de la Communication (ZBTIC) de Côte d’Ivoire
Special Report to be published in US News & World Report
Produced by World Investment News
8 AVRIL 2005
Q1 : Vous avez présenté récemment une étude sur la viabilité de la création d'une Zone franche de la Biotechnologie, des technologies de l'Information et de la Communication (ZBTIC) en Côte d’Ivoire. Pouvez-vous partager avec nous l’histoire et le contexte de la naissance de cette idée?
R1 : En février 2002, nous avons tenu des journées de réflexions entre professionnels du secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication pour donner une orientation à la politique de la Côte d’Ivoire dans le domaine des NTIC et ne pas rater le train de la société de l’information. Lors de ces journées, nous avons identifié plusieurs actions à mettre en œuvre parmi lesquelles la création d’une zone franche pour les nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Afin de bénéficier d’une expérience existante, nous avons sollicité le concours du Gouvernement indien qui nous a assisté au niveau de la pré-étude de faisabilité technique et financière. Lors de cette pré-étude et sur instruction du Chef de l’Etat, nous avons jugé nécessaire de coupler le développement des NTIC à la Biotechnologie car ce sont deux domaines importants pour la nouvelle économie. Voilà comment cette zone franche est devenue une technopole dédiée à la fois à la Biotechnologie et aux Technologies de l’Information et de la Communication (ZBTIC).
Q2 : Quels sont les chiffres clés de cette zone franche (surface, organisation, investissements, nombre d’entreprises prévues, secteurs d’activité, etc.)?
R2 : Nous voulons que cette zone soit perçu comme un véritable Hub africain de la biotechnologie et des technologies de l’information. Dans cette perspective, le site qui a été retenu est situé à Grand Bassam, première capitale politique de Côte d’Ivoire, car il répondait à une quinzaine de critères que nous avions définis. La Mairie de Grand Bassam doit nous octroyer un espace d’environ 300 hectares extensible à 500 hectares pour le site. C’est une zone où il y a du terrain, une partie sur la terre ferme et l’autre sur l’île, ce qui lui donne une dimension un peu touristique mais surtout paisible pour des chercheurs, et des travailleurs dans ces 2 domaines. L’étude nous a également révélé qu’à l’horizon 2010 nous pourrions attirer une centaine d’entreprises, dont plus de la moitié seront certainement des Petites et Moyennes Entreprises (PME) créées par des nationaux ou des Africains. Pour ce faire, dès la première année, nous mettrons en œuvre une politique d’incubation pour permettre à des innovateurs locaux et à de jeunes entreprises africaines d’être encadrées et de pouvoir prospérer.
Q3 : Est-ce que vous avez déjà rencontré des entreprises qui seraient intéressées à participer à la mise en œuvre de ce projet ?
R3 : Effectivement, nous avons rencontré en Inde, au Canada, en Afrique du Sud et en Chine des entreprises très importantes qui sont intéressées à prendre une part active à la mise en œuvre de notre projet. Je ne voudrais pas citer de nom parce que cette initiative n’est pas qu’ivoirienne et il existe certainement d’autres pays qui sont en train de préparer de telles initiatives. Nous avons approché certaines entreprises stratégiques dont l’installation permettrait à d’autres de venir. Je peux néanmoins vous citer des entreprises comme Infosys en Inde, une entreprise chinoise comme ZTE Telecom, des entreprises canadiennes et même israéliennes qui ont manifesté un véritable intérêt pour cette zone franche. D’autres ne feront pas de proposition au départ, mais en tant que leaders mondiaux dans leur domaine, nous ne serions pas étonnés de voir que leurs directions d’Afrique Sud-saharienne, s’installent sur notre site.
Q4 : Quelles sont vos estimations quant au montant des investissements nécessaires pour démarrer ce projet de zone franche et quel rôle peut y jouer le secteur privé?
R4 : La première phase qui permettra au pôle d’être totalement opérationnel va nécessiter un investissement d’environ 200 millions de dollars US. Ces fonds ne seront pas apportés que par le Gouvernement ivoirien car nous laissons une place prépondérante au secteur privé dans cette initiative, aussi bien dans sa construction que dans sa gestion. Par conséquent ces fonds seront apportés également par des investisseurs étrangers et nationaux.
Nous comptons y recevoir une centaine d’entreprises pendant les cinq premières années. Si chacune de ces entreprises investit environ 2 milliards FCFA, nous cumulerons 200 milliards FCFA d’investissement. Pour le moment nous n’avons pas encore avancé de chiffres mais j’ai été agréablement surpris de constater qu’une entreprise comme Intel a investi environ 400 milliards de dollars pour s’implanter au Costa Rica et généré 15.000 emplois. Peu d’entreprises peuvent investir des montants comme Intel, mais vous comprenez que l’estimation des investissements qui peuvent se faire ne peut être que très approximative. Néanmoins, nous pensons que l’investissement de chaque entreprise peut porter sur un montant compris entre 2 et 5 milliards de francs cfa.
Q5 : Ce projet de zone franche offre des conditions très intéressantes aux entreprises (Ex: Loi instituant le régime de la zone franche). Pouvez-vous nous en dire plus sur ces avantages?
R5 : Il faut préciser que l’option qui a été prise par les autorités exprime la volonté de la Côte d’Ivoire de permettre à des entreprises multinationales et ivoiriennes de disposer d’un outil leur permettant d’être compétitives sur le plan international, puisque la zone franche a pour premier objectif d’exporter. Même la production et les services consommés en Côte d’Ivoire seront considérés comme étant exportés.
Comme pour toute zone franche, des avantages sont consentis par la loi instituant le régime de cette zone franche. Je tiens par ailleurs à souligner que cette loi a été introduite par les députés eux-même et a été votée à l’unanimité, en pleine période de crise pour le pays. C’est un signe fort de soutien à ce projet des différentes parties en Côte d’Ivoire qui ne peut qu’être bénéfique pour le pays. Cette loi intègre des prévisions qui sont de nature à permettre aux entreprises d’être compétitives et de jouir d’un environnement sécuritaire optimal. Au niveau des droits de douane et des taxes, la loi prévoit notamment que les entreprises ne payent aucun impôt sur le revenu pendant les 5 premières années et aucun droit de douane pour l’importation de matières premières ou de produits semi-finis durant toute leur vie sur le site. A partir de la 6ème année elles paieront un impôt de 1% sur le chiffre d’affaire.
A côté de cette imposition, une redevance de 2,5% du chiffre d’affaire a été instituée. Cette redevance est répartie entre la société de gestion de la zone franche, les collectivités locales et la communauté villageoise qui reçoivent le projet. Toutes ces dispositions ont été prises afin de permettre à ces organes de prendre les mesures nécessaires pour que l’environnement dans lequel vit le projet soit sain et sécurisé.
En résumé, le poids fiscal qui est indexé sur le chiffre d’affaire sera 2,5% pour les cinq premières années et de 3,5% à partir de la sixième année. Une remise substantielle d’impôt est prévue en cas d’investissements pour extension d’activités ou de recrutement de nationaux. La liberté d’embauche est accordée à toute entreprise mais si le personnel est composé de 75% d’Ivoiriens, elle bénéficiera d’une réduction d’impôt pouvant aller jusqu’à 50%.
Q6 : Les zones franches nécessitent une main d’œuvre très qualifiée pour nourrir ces entreprises. Quelles ressources offre la Côte d’Ivoire au niveau du capital humain? Par ailleurs, quelles mesures ont été prises afin de sécuriser ce point crucial pour l’avenir?
R6 : La côte d’Ivoire draine environ 120.000 étudiants chaque année au niveau universitaire, mais notre marché du travail offre aujourd’hui essentiellement des opportunités que dans le secteur agricole. Ce qui explique le taux de chômage élevé parmi ces diplômés. Par conséquent, nous avons une disponibilité substantielle en ressources humaines. Un rapport existant affirme que la Côte d’Ivoire est l’un des pays les plus nantis en chercheurs de biotechnologie, mais tous sont à l’étranger pour la grande majorité. Nous pensons que les dispositions en cours pourraient favoriser leur retour en terre ivoirienne. Il faut, bien entendu, compter avec les Ghanéens, les Burkinabé, les Maliens, les Guinéens et les Libériens qui peuvent venir travailler sur la zone. La Côte d’Ivoire a toujours reçu et continuera de recevoir de la main-d’œuvre de pays voisins.
La loi précise que l’entreprise qui s’installe peut recruter ses ressources humaines là où elle le désire, mais nous avons pris des dispositions pour inciter le recrutement d’Ivoiriens, parmi lesquels il existe des compétences certaines. C’est pour cette raison que nous insistons sur les partenariats avec les Universités et les Grandes écoles ivoiriennes. Un centre de reconversion aux métiers de la biotechnologie et des technologies de l’information va permettre à de nombreux étudiants sortis de ces dernières de bénéficier de cycles courts de formation. Suite à cette expérience, ils seront prêts à travailler dans l’industrie et dans les services des technologies de l’information et de la biotechnologie. Nous voulons étendre le concept et en avons déjà discuté dans le monde entier : au Canada, aux Etats-Unis, en France et en Afrique du Sud pour établir un réseau d’universités partenaires dans le monde.
Q7 : Certains pays suivent une politique de création de zones franches spécialisées par secteur. Y-a-t-il une volonté en Côte d’Ivoire de suivre cet exemple ?
R7 : Pour le moment ce n’est pas ce qui a été décidé. Je sais qu’il y a un projet de zone franche portuaire, comme il en existe à Dubai, à Lomé, au Sénégal, au Nigeria et au Cameroun. Cependant, la plupart de ces zones franches, générales et portuaires, n’ont pas connu de grand succès. C’est pourquoi nous avons recommandé au Gouvernement ivoirien de s’orienter vers les zones franches spécialisées. C’est dans ce sens que vont aujourd’hui la plupart des nouvelles zones franches. Il existe des zones franches spécialisées dans le textile, le sucre, le pétrole, etc. qui réussissent. Dans le domaine des technologies de l’information, il y a également quelques bons exemples, notamment en Afrique avec la Tunisie, l’île Maurice, l’Egypte avec sa « smart city » et bien entendu Dubai avec son « Internet city » qui est totalement indépendante de la zone franche industrielle et portuaire de Dubai.
Cependant, la Côte d’Ivoire n’a pas encore pris la décision de suivre une politique de création de zones franches spécialisées par secteur. Si vous me demandez mon avis, ma réponse est que nous devrions aller dans ce sens. Créer un « agropole » avec des dispositions très spécifiques pour développer l’industrie cacaoyère et caféière ou une zone franche textile située près des matières premières et qui soutiendrait l’industrie cotonnière, sont des projets que je soutiendrais. Il existe d’ores et déjà des zones franches spécialisées en textile très avancées sur le continent africain. Cependant tout est faisable et cela dépend uniquement des dispositions que vous pouvez offrir aux investisseurs.
La France, par exemple, a laissé plus de latitude aux entités décentralisées pour mettre en place des dispositions réglementaires et fiscales propres afin d’attirer les entreprises dans leurs zones de compétence. Ce même système existe au Canada et Laval technopole, qui ressemble à ce que nous voulons faire, en est le fruit de par la volonté de la mairie de Laval. L’Etat donne le cadre général et chaque région peut concéder, selon ses capacités, d’autres avantages. Un des points les plus importants dans cette approche concerne l’immobilier ; A quel coût le terrain peut-il être cédé aux entreprises et à quelle hauteur de loyer l’entreprise qui va s’installer pourra être compétitive? Dans ce cadre, l’Etat garde ses prérogatives. Cependant, la gestion de cette zone va être cédée à une entité majoritairement privée afin d’éviter les avatars et les faiblesses des sociétés d’Etat.
Q8 : Vous avez parlé d’impliquer le secteur privé dans ce projet. Au jour d’aujourd’hui, quels sont vos partenaires stratégiques?
R8 : Dans les facteurs de succès que nous avons définis pour ce projet, nous avons inclus qu’il fallait amener la communauté nationale à soutenir cette initiative. Afin de trouver des partenaires stratégiques nous avons approché des entreprises ivoiriennes de divers secteurs. Le Port Autonome d’Abidjan par exemple est l’un des partenaires importants du projet. Il va bien entendu bénéficier d’un tel projet car il est le point d’entrée et de sortie de tout ce qui doit aller sur le pôle, ce qui va ainsi contribuer à l’augmentation du volume de l’activité du port. Nous avons également pris contact avec d’autres entreprises, qui n’ont directement rien à gagner sur le pôle. C’est le cas de la Lonaci qui intervient dans les domaines sociaux en Côte d’Ivoire mais que nous avons sollicité pour soutenir le secteur productif du pays.
La Pétroci et la Sir, deux entreprises qui opèrent dans le domaine pétrolier, ont également été approchées. Car il n’est pas exclu qu’à moyen terme le secteur énergétique en général et les énergies renouvelables en particulier, soit ajouté au pan biotechnologie, eu égard à son influence dans le domaine environnemental et aux retombées possibles pour certains dérivés pétroliers, tels que les lubrifiants. De plus, ces deux entreprises sont assez rigoureuses dans leur gestion et leur présence au sein du Conseil d’Administration peut grandement aider à l’orientation des activités du pôle.
Nous avons également approché les entreprises dans la filière Café-Cacao : BCC, FRC, FDPCC, etc., car la biotechnologie peut aider, sans aucun doute, à accroître la productivité dans le secteur agricole. Dans ce sens, nous avons également approché le Centre National de Recherche Agronomique (CNRA), une institution de recherche phare dans le domaine agricole en Côte d’Ivoire, qui nous a manifesté son soutien. Nous souhaitons que toutes ces entreprises leaders de l’économie nationale soient des partenaires stratégiques du projet.
En dernier lieu, nous avons des partenaires techniques. Tout d’abord l’Apex-ci (Agence de Promotion des Exportations en Côte d’Ivoire) et le Cepici (Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire) qui s’occupent de promouvoir les exportations et les investissements en Côte d’Ivoire. Nous avons également comme partenaire technique le BNETD qui est impliqué dans tous les grands travaux. A côté de ces partenaires techniques du pays, nous comptons également des partenaires étrangers comme le STPI (Software Technology Parcs of India) qui gère les 40 parcs technologiques indiens. Avec les trois autres nationaux précédemment cités, ils constituent le noyau de soutien technique qui nous a permis de conceptualiser le projet.
Je viens de vous citer toutes les entreprises partenaires qui ne sont pas directement liés aux activités de production dans le pôle. Ensuite nous avons approché les entreprises ivoiriennes du secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Tous ceux que je viens de vous citer sont des partenaires du projet. 80% d’entre eux ont suivi ce projet depuis le début de l’étude de faisabilité qui remonte à octobre 2003. Nous avons réalisé cette étude en 4 mois et demi, en nous appuyant sur les conseils de zones franches étrangères à succès. Sur le plan national, nous bénéficions du soutien du Président de la République qui nous a donné l’opportunité de parcourir le monde pour nous inspirer des expériences d’ailleurs. Ainsi, nous avons parcouru la chine, l’Inde, l’Afrique du Nord, l’Afrique du Sud, le Canada et la France. En Chine, nous avions été à Hefei et à Pudong (Shanghai).
Q9 : Si vous deviez vous identifier à l’une des zones franches que vous avez visitées, quelle serait cette dernière ?
R9 : Il va sans dire que j’ai admiré l’exemple du Gouvernement tunisien qui a décidé de mettre en place une technopole et qui, en un an, l’a réalisée. Je suis également admiratif devant « Dubai Internet City » car les moyens investis sont colossaux. Mais si nous devions ressembler à une autre zone franche de par le monde ce serait Laval technopole, au Canada. Cette dernière est structurée en trois grands pôles et c’est ainsi que nous aimerions notre ZBTIC : avec un i-pôle dédié aux nouvelles technologies de l’information, un bio-pôle dédié à la biotechnologie et un agro-pôle pour l’agriculture et l’agroalimentaire. Nous voulons reproduire Laval technopole car ils ont réussi cette synergie parfaite que nous recherchons dans les technopoles et les zones franches ; vous pouvez y trouver aussi bien de la recherche appliquée, que de la formation, de l’industrie ou des services. Entre la biotechnologie et les technologies de l’information, il y a la bio-informatique qui confère une forte synergie à ces deux secteurs.
Mais l’une des raisons pour lesquelles nous désirons la biotechnologie sur le pôle, c’est que nous cumulerions ainsi sur le même site géographique deux secteurs d’activité importants de la nouvelle économie. Ce qui aura un effet stimulant et favorisera l’éclosion de nouvelles idées et de projets innovants.
Q10 : Vous nous avez cité un nombre important de zones franches existantes. Selon vous, quelles sont les avantages comparatifs qu’offrent la Côte-d’Ivoire pour attirer des investissements étrangers et pousser les entreprises à s’installer en Côte d’Ivoire plutôt qu’ailleurs?
R10 : Tout d’abord il y a un élément très important qui est la situation géographique de la Côte d’Ivoire : nous sommes à l’heure GMT et à 14 heures de vol maximum des grands pôles importants de production et de consommation.
Bien entendu, nous traversons une période de crise mais nous avons eu l’occasion par exemple de recevoir les représentants de VARIG pour étudier la possibilité de voler directement de la Côte d’Ivoire au Brésil. Dans la même optique, lorsque nous étions en Chine, le Président a plaidé auprès des Chinois pour la création d’un vol direct de Beijing à Abidjan. Il en est de même pour New York, Paris, l’Afrique du Sud, l’Asie, etc.
Comme vous le savez, les entreprises de production pharmaceutique, d’engrais ou de biotechnologie tout comme celles des nouvelles technologies de l’information, travaillent avec le just in time et ne stockent pas. Pour produire une unité, vous faites venir les produits semi-finis des différentes parties du monde, vous les assemblez et vous les faites repartir vers les marchés finaux. C’est bien entendu dans ce cadre que la localisation géographique est cruciale pour réduire les coûts logistiques et les délais d’approvisionnement et tel que je vous le commentais nous sommes, en Côte d’Ivoire comparativement à d’autres pôles, très compétitifs, comme certaines multinationales l’ont souligné. La Côte d’Ivoire peu donc être une plate-forme logistique pour ces entreprises.
Un autre élément important c’est que les coûts de production sont concurrentiels. Autant dans le domaine de la biotechnologie que dans celui des technologies de l’information, nous disposons d’une main d’œuvre bien formée. Par exemple, une entreprise qui a été créée ici par le Groupe Bouygues développe aujourd’hui des applications de très haut niveau utilisées par les filiales du groupe dans le monde entier. Ce sont de jeunes ivoiriens qui ont été formés à l’école Informatique de Yamoussoukro. J’ai dirigé moi-même un cabinet d’ingénierie informatique dont 60% des employés sont aujourd’hui en France, en Allemagne ou au Canada et cela parce qu’ils ont été très bien formés dans les technologies Oracle. Nous avons une main d’œuvre compétente qui avec une formation additionnelle appropriée pourrait satisfaire les besoins des entreprises multinationales.
De plus, notre main d’œuvre est compétitive. Avec la dévaluation du franc CFA, aujourd’hui la formation économique d’un ingénieur en Côte d’Ivoire coûte moins cher qu’ailleurs, par exemple qu’en inde. Nous pouvons être compétitifs, par exemple, dans tout ce qui est centre d’appel. Nous produisons chaque année une vingtaine de milliers de BTS, ils peuvent être dans des services à valeurs ajoutées et offrir de très bons services à des niveaux de rémunérations acceptables. Un autre point important qu’il convient de relever, c’est que la Côte d’Ivoire a pris des dispositions très stables pour offrir des avantages aux entreprises qui vont arriver. Tous les avantages qui sont offerts sont consignés dans la loi qui régit la zone franche et non dans un décret. Nous avons fait de même avec le Code pétrolier qui a permis à de nombreuses entreprises de commencer la prospection en Côte d’Ivoire, le Code des télécommunications et enfin le Code minier.
Un autre point à souligner réside dans le fait qu’à l’inverse de la plupart des autres zones franches qui sont gérées par des organisations purement étatiques, nous avons décidé que l’entreprise de gestion du pôle doit être une entreprise à participation financière publique minoritaire. Ce sont des entreprises privées que nous avons appelées, dans la loi, des partenaires de références qui doivent détenir plus de 51% des parts de cette entreprise. Ces partenaires de référence doivent être des entreprises de renommé mondiale dans le domaine de la biotechnologie et des technologies de l’information. Nous avons d’ores et déjà pris contact avec des entreprises de cette catégorie qui nous ont donné leur accord de principe pour figurer au capital de cette entreprise de gestion.
En définitive, l’entreprise de gestion sera une société privée dont la majorité des parts de son capital sera détenue par des partenaires de référence de réputation mondiale. L’Etat de Côte d’Ivoire concède à cette dernière, par convention de concession, la réalisation des infrastructures, la gestion et la promotion de la ZBTIC. La concession emporte délégation de service public d’agrément avec la mise en place sur le site d’un guichet unique pour le traitement rapide des opérations administratives (licences, enregistrement, importation, exportation, etc.)
Un autre facteur important est que nous disposons en Côte d’Ivoire des infrastructures nécessaires, notamment en matière énergétique, pour mettre en œuvre un tel projet. Vous ne pouvez pas vous permettre de ne pas offrir 100% de stabilité en fourniture d’énergie aux entreprises qui seront installées sur ce pôle. La Côte d’Ivoire qui demeure l’un des plus grands producteurs d’énergie électrique de la sous-région offre des garanties certaines dans ce domaine. Nous disposons aujourd’hui en Côte d’Ivoire d’un réseau de télécommunication performant et en plein essor qui figure parmi les meilleurs du continent africain. Par ailleurs, la Côte d’Ivoire bénéficie de la proximité, au large de Grand-Bassam, d’une tête d’atterrissement du réseau transcontinental de fibre optique « SAT III » reliant les villes les plus importantes au monde. Des dispositions ont été prises pour que les accès satellitaires soient cédés à des entreprises à des prix intéressants.
Le dernier point crucial est l’aspect sécuritaire. Le pôle sera sous surveillance électronique 24 heures sur 24, c’est l’un des services offerts par la société de gestion. Les entreprises qui y travaillent seront par conséquent très sécurisées car aussi bien les entrées que les sorties, à l’aéroport ou au port seront sous haute surveillance. Un autre atout de cette zone, c’est sa facilité d’accès. On peut y accéder directement de l’aéroport, du port ou de la capitale économique Abidjan, par trois voies différentes : la lagune, la route ou les airs car le pôle sera doté d’un héliport.
Q11 : Les NTIC connaissent un essor important en Côte d’Ivoire depuis quelques années. En tant que spécialiste pourriez-vous nous donner votre vision sur l’évolution du secteur pour les prochaines années ?
R11 : Il faut dire que c’est un secteur que j’ai suivi depuis des dizaines années car j’ai travaillé avec Accenture en ingénierie de système et sur l’application Oracle au Sénégal, en Afrique Central et au Nigeria. Cela me permet de dire que la Côte d’Ivoire était en position de leader dans les technologies de l’information pendant plusieurs années ; déjà dans les années 70, notre pays a été le premier à dédier un ministère d’Etat au secteur de l’informatique, ce qui témoignait de l’importance accordée à ce secteur par les plus hautes autorités de notre Etat.
De plus, de par notre situation géostratégique, certains sièges de leaders dans ce domaine se sont installés ici. La Direction Afrique de l’Ouest et Centrale de Microsoft, Oracle et IBM Côte d’Ivoire par exemple couvraient une partie importante de la sous-région. Il faut souligner qu’à cette époque l’Etat ivoirien n’avait pris aucune disposition particulière pour favoriser ce secteur, bien au contraire, alors que dans certains pays les intrants électroniques entraient à des taux de douanes et de taxes très faibles, ici en Côte d’Ivoire ils étaient très élevés mais cela ne nous a pas empêché de développer ce secteur.
Lorsque le Président Laurent GBAGBO est arrivé au pouvoir, l’une des premières dispositions qu’il a prises concernait les nouvelles technologies de l’information. Notre rôle était de réfléchir à la mise en place d’une stratégie pour l’entrée de la Côte d’Ivoire dans la société de l’Information, pour ne pas manquer ce nouveau train après avoir raté celui de l’industrialisation. C’est ce que nous étions en train de faire lorsque que le Président de la République a appuyé sa détermination en nommant un homme au niveau du Gouvernement pour la gestion du secteur. Nous avons travaillé avec lui et avons mis en place un schéma directeur stratégique pour le développement des NTIC en Côte d’Ivoire.
Très bientôt, les bio-technologues Ivoiriens vont faire de même. Nous avons défini près d’une cinquantaine de projets majeurs qui devaient permettrent à la Côte d’Ivoire d’entrer de plain-pied dans la société de l’Information au niveau de son utilisation, sa production et des services associés. Malheureusement, du fait des événements, nous avons stagné et la mise en œuvre de ces projets n’a pas eu lieu selon le calendrier que nous avions déterminé. La zone franche de biotechnologie et technologies de l’information est dans ce cadre le projet le plus avancé au point de vu de sa réalisation.
Q12 Quelles sont les perspectives ?
R12 : Les perspectives pour nous sont bonnes. Cependant pour faciliter tous les investissements qui peuvent se réaliser en Côte d’Ivoire, il faut que nous résolvions la crise que nous vivons actuellement. Ce que je réponds aux investisseurs que je rencontre à l’étranger et même à nos partenaires locaux, c’est que la Côte d’Ivoire n’est pas un pays de belliqueux. Nous avons connu la paix pendant 40 ans, nous sommes donc habitués à vivre en paix. Le problème que nous connaissons aujourd’hui, nous le considérons comme un problème conjoncturel pour lequel, je suis personnellement persuadé, d’ici la fin de cette année 2005, nous trouverons une solution, afin que la Côte d’Ivoire puisse repartir.
Nos infrastructures de base demeurent intactes malgré la situation de crise ; ce qui nous permettent de lancer un tel projet. En ce qui me concerne, je reste plus que convaincu que c’est dans cette période que nous devons préparer les stratégies nécessaires à la relance économique de demain. En effet, un tel projet nécessite un délai certain pour sa conception et sa mise en oeuvre avant d’en arriver à son exploitation. Nous pensons que ce pôle va requérir un délai de 18 mois pour être véritablement opérationnel. Voilà pourquoi nous pensons qu’il est nécessaire de démarrer dès à présent. Je vous surprendrai si je vous disais que même en cette période que nous vivons les entreprises s’installeraient sur le pôle si nous étions prêts. Bien entendu, nous avons perdu un nombre important d’entrepreneurs pendant cette période. Cependant la plupart des grandes entreprises du pays sont encore présentes et continuent de travailler. Nous sommes aussi très optimistes de par ce que nous avons entendu lors de nos tournées à l’extérieur. Je reviens récemment d’Afrique du Sud et une entreprise comme Business Connection, 100,000 employés aux Etats Unis dans les nouvelles technologies, serait prête à venir s’installer sur le pôle. Ce sont des signes qui nous poussent à l’optimisme.
Q13 Nous sommes aussi intéressés par l´homme qui est derrière la fonction, pouvez-vous partager avec nous brièvement votre parcours professionnel jusqu’à votre nomination en tant que Commissaire Général de la ZBTIC ainsi que vos plus grandes satisfactions á ce poste?
R13 : J’ai suivi une formation universitaire aux Etats-Unis à l’Université de New York de Buffalo au cours de laquelle j’ai obtenu un MBA en analyse opérationnelle de gestion avec comme option l’informatique. Mais ma profession, je l’ai vraiment acquise avec Accenture en Ingénierie des systèmes d’Information. J’y ai passé une dizaine d’années et j’ai terminé ma carrière en tant que manager. Ensuite, j’ai pris la direction d’un cabinet similaire qui représentait KPMG sur la Côte Ouest et la direction d’une autre entreprise qui a travaillé avec Price Waterhouse Coopers.
Toute ma carrière depuis 1976 est dans l’ingénierie des systèmes d’information. Il m’est arrivé de faire des missions qui ne sont pas du tout de ce secteur, comme par exemple l’évaluation de l’économie du Sénégal, tout simplement parce que j’ai une formation de gestion et d’organisation. J’aime ce métier, je l’adore, j’ai toujours voulu rester dans le domaine du Consulting et je suis bien tombé car je suis resté dans mon métier.
De manière extra professionnel, j’ai voulu voir, curiosité oblige, du côté de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire. Mais ce qui m’a surpris, c’est qu’aucune disposition n’a été prise par nos législateurs pour faire avancer un secteur que je percevais comme étant le secteur le plus important au monde. Je disais au Président de la République que l’homme le plus riche au monde n’est pas dans le Pétrole ni dans le Cacao, mais il est dans les Technologies de l’Information. Le cœur du secteur des technologies de l’information c’est la matière grise et le développement des ressources humaines. Dans ce domaine la Côte d’Ivoire a des atouts importants.
Prenez l’exemple de la Corée du Sud, qui était un pays moins développé que le Ghana au moment de l’indépendance et qui aujourd’hui n’est plus comparable. C’est l’économie du savoir qui les a propulsés. Je me suis donc battu pour défiscaliser le secteur de l’informatique. Nous n’avons malheureusement pas réussi à défiscaliser l’entrée du matériel informatique dans le pays. Cependant j’ai terminé cette carrière et le président m’a appelé pour être son conseiller spécial dans ce secteur.
Ma plus grande satisfaction, c’est d’avoir réussi à faire évoluer ce projet jusqu’à son niveau actuel. J’aurai entière satisfaction à voir ce projet véritablement démarrer. Ce projet constitue la plus grande satisfaction de ma carrière car c’est un projet que nous avons mené depuis sa conception et qui aura un impact national certain sur la Côte d’Ivoire. Il servira bien entendu à exporter et à créer des emplois mais les effets induits, essentiellement grâce au pôle de recherche et à la proximité des centres de production des biens et services, se mesureront positivement sur l’ensemble des secteurs et opérateurs ivoiriens. Les axes de recherche dans le domaine de la biotechnologie sont nombreux et beaucoup restent encore inexplorés. Un exemple concret : le combat contre le Sida est l’une des plate-formes où la recherche en biotechnologie est la plus avancée. Imaginez que nous trouvions le remède en Côte d’Ivoire, je peux vous dire que nous n’oublierions pas le Café-Cacao mais nous aurions une autre industrie à développer.
Q14/ Nous sommes en Côte d’Ivoire pour promouvoir le pays auprès des investisseurs internationaux ; Quel message final aimeriez-vous leur adresser?
R14/ Je connais un peu les multinationales pour les avoir côtoyées tout au long de ma formation et de ma carrière professionnelle. Ce que recherche la Côte d’Ivoire dans ce projet, c’est offrir une plate-forme à des entreprises pour qu’elles soient concurrentielles, créer des emplois pour les Ivoiriens, améliorer leurs revenus, donner une bonne image de la Côte d’Ivoire et attirer des investissements étrangers qui bénéficieront à d’autres secteurs tel que le port, la communauté portuaire, etc. Les retombées positives seront encore une fois inestimables pour la Côte d’Ivoire.
Le premier objectif est de créer un environnement optimal qui permette aux entreprises d’être compétitives. Nous leur offrons la possibilité d’être très proche du marché africain dans le domaine des biotechnologies et des NTICs. Nous sommes un marché naissant et en plein essor dans les nouvelles technologies de l’Information et de la communication, comme en a appris à ses dépends la Banque mondiale qui a dû se résoudre à contempler la croissance du marché de la téléphonie cellulaire en Côte d’Ivoire, là où elle ne prévoyait qu’un épiphénomène de mode de quelques utilisateurs nantis.
L’Afrique représente un vaste marché dans les domaines de la biotechnologie, des technologies de l’information et de la communication. La Biotechnologie touche beaucoup de secteurs dont nous avons besoin, aussi bien dans la biodiversité que dans la protection environnementale. Au niveau alimentaire, vous savez que l’Afrique a besoin de se nourrir sainement. Bien entendu, il y a des discussions autour des OGM, mais d’un autre côté si l’Afrique ne prend pas de dispositions pour se nourrir, elle va mourir de pauvreté. Qu’une multinationale vienne en Afrique pour chercher à connaître les besoins des Africains et utilise sa technologie pour répondre à ces besoins et produire localement, c’est une opportunité. Mais ce n’est qu’en étant proche que l’on peut connaître les besoins du client et pouvoir conquérir les marchés africains.
En ce qui concerne la logistique, nous offrons une plate-forme très intéressante pour les entreprises multinationales. Passez le message que la crise en Côte d’Ivoire n’est que conjoncturelle, de petits pays l’ont connu, de grand pays aussi. Les opérateurs économiques en Israël vivent cette situation depuis 40 ans et pourtant ils disposent d’industries performantes. Nous ne sommes pas Israël, mais nous ne demeurerons pas dans ce problème longtemps, il va se résoudre et nous pourrons proposer très bientôt une plate-forme en Côte d’Ivoire qui permettra aux opérateurs économiques d’être concurrentiels sur le plan international.
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