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SSA : Ivory Coast : TOP Interviews

Entretien avec Monsieur Libi Koita Vincent
Directeur General de la Sicogi

Abidjan, Fevrier 2005

Q1/ Depuis sa création en 1962, la SICOGI a connu beaucoup de changements, elle fonctionne aujourd´hui comme une entreprise privée malgré une participation majoritaire de l’Etat dans le capital. Pouvez-vous nous dresser un bref aperçu de l´évolution de la SICOGI depuis sa création jusqu’à sa situation actuelle?

R1/ La SICOGI est la Société Ivoirienne de Construction et de Gestion Immobilière. Comme vous l’avez si bien dit la SICOGI a été créée en 1962 et cette structure a connu 2 grandes phases dans son évolution.

Depuis sa date de création en 1962 jusqu'en 1980; Durant cette période, la SICOGI bénéficiait de financements à long terme aussi bien de la Banque Mondiale que de l’Agence Française de Développement. Ces grandes institutions avaient pour mission de financer le développement à long terme et c’est ce qui a permis à la SICOGI de mettre sur le marché des maisons en location simple et en location-vente. La politique menée par ces grandes institutions nous évitait la contrainte du remboursement sur période très courte. Etant donné que ces financements à long terme étaient remboursés sur 20, 25 ou 30 ans, la SICOGI pouvait suivre cette politique, ce qui a permis à la SICOGI de mettre sur le marché plus 36.000 logements par exemple. Le quartier de Kouassi a été entièrement construit par la SICOGI, cette opération a commencé dans les années 70 et a permis la construction d’un certain nombre de logements qui ont été mis à la disposition de travailleurs du secteur privé et du gouvernement. Ces logements étaient proposés à des prix de location qui variaient entre 10.000f cfa et 15.000f cfa par mois.

Marcory, Treichville et Arras sont d’autres quartiers ayant été construits par la SICOGI.

Au nord, le quartier de Cocody, qui est le quartier résidentiel, a été construit par la SICOGI, et ce depuis les tours Sainte Marie, jusqu’au quartier de l’église Saint Jean. On ne peut pas oublier non plus les 2 plateaux ainsi qu’une partie de la Riviera qui sont l’œuvre de cette entreprise ainsi que le quartier de Yopougon, qui est la plus grande banlieue de Côte d’Ivoire.

De 1980 à ce jour ; A partir de 1980 commence la deuxième phase de l’évolution de la SICOGI. Ne bénéficiant plus de financements à long terme, la SICOGI a du se tourner vers les banques commerciales pour financer sa politique de logement. Les prêts faits aux producteurs immobiliers devant être remboursés sur 2 ou 3 ans il n’est plus possible de proposer de la location-vente ou de la location simple. Nous sommes donc passés à une politique de vente directe. Ce type de vente implique que nos clients sont dans l’obligation de disposer d’un salaire et d’un compte bancaire pour pouvoir accéder à un crédit bancaire. Les personnes ayant un revenu stable peuvent profiter du compte de mobilisation de l’habitat (CDMH) remboursable sur 10 à 15 ans.

Malheureusement, depuis les années 80, le secteur informel s’est développé de plus en plus et beaucoup de travailleurs ont besoin d’une maison mais ne disposent pas de compte bancaire. A titre d’exemple, un chauffeur de taxi à Abidjan peut avoir un salaire de 100.000 f cfa par mois mais ne détient pas de bulletin de salaire. Dans ces conditions aucune banque ne lui fera de crédit. Ainsi, toutes les personnes étant dans cette situation sont obligées de vivre dans des habitations spontanées, payant des loyers très élevés. Notre vision serait de mettre à la disposition de ces personnes des logements en location simple avec une possibilité de vente.

Q2/ Vous nous avez parlé de la Banque Mondiale et de l’Agence Française de Développement qui ont contribué de manière conséquente dans le développement du marché de l’habitation en Côte d’Ivoire, pouvez vous nous en dire plus ?

R2/ A l’époque dont je vous parle nous disposions de fonds de tous ces organismes et cela a permis de construire Abidjan dans les années 1980. Après 1980, les différents plans d’ajustements structurels ont commencé à se mettre en place, ce qui a entraîné un désengagement de l’Etat du secteur de l’immobilier. Il en est de même pour la Banque Mondiale qui s’est retirée du secteur de l’immobilier, puisqu’elle considère qu’il s’agit d’un secteur spéculatif. Il me semble qu’il s’agit d’une erreur stratégique dans la mesure où, financer la réduction de la pauvreté ne se réduit pas au financement de l’éducation nationale ou de la santé. Toute personne devrait vivre dans un quartier réunissant les conditions de salubrité minimales pour assurer une bonne défense contre des maladies comme le paludisme par exemple. C’est pour cette raison que je pense que la Banque Mondiale devrait revoir sa politique stratégique et intégrer l’habitat social dans sa stratégie de lutte contre la pauvreté. C’est un domaine dans lequel la Banque Mondiale doit pouvoir investir. Etant donné que les Etats n’ont pas suffisamment de moyens aujourd’hui du fait des différents plans d’ajustement structurels, ce sont les organismes internationaux tels que la Banque Mondiale ou le FMI qui dictent les grandes politiques à faire aux Etats.

Il me semble que dans un pays comme la Côte d’Ivoire une attention particulière devrait être accordée à l’habitat social d’autant plus qu’il existe un développement préoccupant des quartiers précaires.

Q3/ Pouvez-vous également nous présenter la SICOGI en quelques chiffres clés (Chiffre d’Affaires, nombre d’employés, actionnariat...)?

R3/ La SICOGI employait par le passé près de 800 personnes, car l’entreprise était en charge de la maintenance; étant donné que les logements appartenaient à la SICOGI il y avait tout un travail de maintenance qui était fait. Mais avec le plan de restructuration qui a été mis en place en 1994, il y a eu une déflation du personnel et depuis janvier 2005 l’entreprise compte 190 employés, dont 39 sont des cadres, 45 agents de maîtrise et 150 employés. Le chiffre d’affaires réalisé par la SICOGI est passé de 7,7 milliards en 2001 à 9 milliards en 2003. L’entreprise est en pleine progression, en effet, lorsque j’ai accédé à la direction générale de la société en 2001 le déficit était de 2.2 milliards alors qu’en 2003 nous avons réalisé un bénéfice de 30 millions. Nous sommes donc en période de redressement de la société.

Il est important de noter que jusqu’à l’heure actuelle la société avait été dirigée par des ingénieurs des travaux publics. Je suis le premier gestionnaire qui arrive à la tête de la société. C’est donc une parfaite opportunité de restructurer l’entreprise.

Q4/ Le redressement de la SICOGI est un sujet d’actualité et dans ce cadre il est question de privatisation et de recherche de partenaires. Pouvez-vous-nous en dire plus à ce sujet?

R4/ Effectivement lorsque je suis arrivé à la SICOGI, c’était un sujet qui était à l’ordre du jour. Ma première réaction a été de demander au gouvernement de me permettre de redresser la société. Ainsi, j’ai présenté au mois de février 2004 un plan de restructuration au gouvernement que j’ai appelé « plan de sauvetage ». Ce plan est actuellement en discussion au Ministère de l’Economie et des Finances qui nous a déjà demandé de revoir certains points, d’ici la semaine prochaine nous devrions présenter des modifications. Je pense qu’aujourd’hui la SICOGI est le seul instrument dont dispose le gouvernement pour appliquer sa politique dans le domaine du logement.

Nous sommes aussi effectivement à la recherche d’un partenaire avec lequel nous pourrions nous fixer des objectifs et mener une véritable politique de développement. Une fois les objectifs ciblés nous étudierons quels sont les moyens les plus efficaces pour les atteindre et quel est le bénéfice qui peut s’en dégager. Aujourd’hui la SICOGI inspire confiance, l’entreprise a un renom qui tranquillise l’acquéreur qui veut acheter une maison. A titre d’exemple, j’ai lancé 3 opérations à Abidjan quand je suis arrivé et à cette occasion il y a eu des acquéreurs qui ont payé la totalité de la maison alors que la construction n’avait pas débuté.

Q5/ Quels autres projets ont étés menés par la SICOGI et plus particulièrement ceux lancés depuis votre arrivée?

R5/ La SICOGI a construit un quartier aux 2 plateaux appelé le quartier Aghien, il s’agissait d’un projet de 542 logements. D’autres projets comme celui d’Angré avec 1001 logements, les jardins de la Rivièra avec près de 300 habitations, l’académie de la mer à Yopougon avec environ 300 logements, les résidences Latrille aux 2 plateaux, Adjamé, et Adjamé sud ont également été construits. Depuis mon arrivée à la tête de la SICOGI en mars 2001, nous avons pu réaliser la 3ème tranche de la djibi, la palmeraie Pacific et nous sommes en train de construire 381 logements à l’intérieur du pays à San Pedro.

Je pense qu’il est important de noter l’opération palmeraie qui fut lancée en 2003 et qui fut commercialisée en 2 mois. Les 267 logements ont été commercialisés en 2 mois et 30% des clients ont payé la totalité du prix avant même que l’opération ne commence. Cela veut dire qu’ils ont confiance. Quand nous lançons une opération, elle est réalisée dans les délais. Nous avons un capital de confiance important auprès des consommateurs à travers le pays et nous pouvons proposer à un partenaire notre savoir-faire, notre sérieux et notre image en Côte d’Ivoire.

Q6/ Quelles sont les opportunités d’investissement dans le secteur de la construction à court terme?

R6/ A l’heure actuelle il apparaît que le créneau le plus intéressant à saisir sera celui de la location-vente. Ce créneau a des potentialités énormes mais ce qui manque est le financement. Dans ce contexte, nous sommes à la recherche d’un partenaire pour exploiter toutes les potentialités offertes dans la location-vente. Le marché est tel que le retour sur investissement est assuré. Il y a de nombreux citoyens ayant un revenu mensuel mais ne disposant pas de compte bancaire qui sont à la recherche de logement et auxquels on peut proposer des loyers à 30.000f cfapar mois. Ces personnes auront ensuite la possibilité après 2 ou 3 ans de signer un contrat d’achat sur une période de 10 ans.

Q7/Nous sommes aussi intéressés par l´homme derrière la fonction, pouvez-vous partager brièvement avec nous votre parcours professionnel jusqu’à votre nomination comme Directeur Général de la SICOGI ainsi que vos plus grandes satisfactions á ce poste?

R7/ Merci beaucoup, d’abord j’ai 53 ans, je suis né le 21 janvier 1952, j’ai fait un bac économique série B au lycée technique d’Abidjan. Ensuite, je me suis rendu en France où j’ai fait une maîtrise en science économique option gestion. J’ai complété cette formation par une formation chez IBM. En 1978 j’ai été recruté chez IBM comme ingénieur commercial en France, et j’ai fait ma formation d’ingénieur commercial d’une durée de 18 mois. IBM à l’époque était la plus grande entreprise au monde avec près de 400.000 personnes et j’ai eu le privilège de rentrer dans cette firme comme ingénieur commercial.

Ensuite j’ai été affecté à Abidjan et à partir de 1980 j’ai exercé comme ingénieur commercial jusqu’en 1981. Un des avantages de travailler pour une grande multinationale est que l’expérience vous sert de tremplin. J’ai donc intégré BULL comme ingénieur commercial, de 1981 à 1986, chargé de promouvoir les solutions de BULL dans les PME en Côte d’Ivoire.

Ensuite de 1986 à 1989 j’étais chargé des grands comptes chez BULL puis, à partir de 1990 et jusqu’en 1996, j’ai eu la responsabilité commerciale des pays de la sous région ; à savoir le Togo, le Bénin, le Niger, le Ghana, le Mali, la Guinée et le Burkina Faso. Cette expérience fut très enrichissante et m’a permis de rencontrer beaucoup de personnes, des dirigeants, des hommes politiques de la région, des ministères, etc.

Ensuite, j’ai décidé de quitter l’entreprise pour prendre la direction d’une entreprise informatique crée par le Président Directeur Général du groupe TELECEL de 1997 à 2000. Il s’agissait d’un grand challenge dans la mesure où l’entreprise n’était pas connue et il fallait donc mettre en place toute une stratégie de développement.

Finalement j’ai pris la direction de la SICOGI en 2001 et ma plus grande satisfaction est de voir qu’aujourd’hui l’entreprise à de nouvelles perspectives, de nouveaux projets et j’entends bien les mener à terme.

Q8/ Nous sommes en Côte d’Ivoire afin de promouvoir le pays auprès des investisseurs internationaux. Quel message final aimeriez voulez-vous leur adresser?

R8/ Le Message final que j’aimerais adresser est qu’aujourd’hui la Côte d’Ivoire est présentée comme un pays à risque, on nous a malheureusement fait une très mauvaise publicité qui a dégradé l’image du pays. Vous qui êtes venus et qui connaissez Abidjan vous pouvez témoigner que les gens ne sont pas xénophobes en Côte d’Ivoire. C’est un premier point qu’il me semblait important de souligner.

En second lieu au niveau économique, je voudrais également souligner le fait que malgrè la crise à laquelle notre pays doit faire face depuis bientôt 3 ans, notre gouvernement continue de faire face à ses engagements, les règles sont respectées. C’est un pays qui a un grand potentiel et le message que je veux transmettre est que les investisseurs et entrepreneurs étrangers doivent venir en Côte d’Ivoire maintenant pour préparer la reprise avec les partenaires locaux.

Le secteur du logement est un secteur dans lequel il y a beaucoup de travail au niveau de la reconstruction. Avec un partenaire et l’appui de l’Etat, il y a de grandes possibilités d’investissement pour la SICOGI qui compte avec un capital humain et une expérience très importante.

Nb : World Investment News cannot be held responsible for the content of non-edited transcriptions

 

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