Algerie
VERS A DÉVÉLOPPEMENT DURABLE DE L`ALGERIE

M.HAMIDI
DIRECTEUR GENERAL DE L'ANSA
FAR EASTERN ECONOMIC REVIEW
DIRECTEUR GENERAL DE L'ANSA
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Pouvez-vous nous présenter votre entreprise?

C'est un projet qui a été mûrement réfléchi sur le plan de l'aménagement du territoire puisque, dès les années 80, les autorités centrales pensait à désengorger Alger. Elles ont donc essayé de trouver les sites qui convenaient le mieux pour recevoir un important flux de population. Nous avons réalisé des sondages un peu partout, jusqu'à 100 kilomètres autour d'Alger, dans les régions de Hadjout, de Tipaza, de l'Atlas blidéen, de l'inter territoire entre Tizi Ouzou, de Bouira et d'Alger. C'est à partir de là qu'est né le ministère de l'aménagement du territoire ou le ministère de l'équipement, qui a commencé l'étude d'aménagement pour les villes nouvelles en Algérie. Le dossier de villes nouvelles est sorti en 1994-1995, l'agence d'aménagement du territoire y a étudié les possibilités d'implantation d'agglomérations, en fonction des critères qu'elle a retenu avec l'administration du ministère où j'étais conseiller du ministre chargé des villes nouvelles et des relations internationales. Nous avons fait nos plans d'urbanisme autour de périmètres existants et dans les banlieues. Nous avions envie d'aller vers les petites localités qui pouvaient être élargies, pour en faire d'importants réceptacles de populations. Donc premier critère: des villes autour des grandes métropoles. Deuxième critère: des villes nouvelles pour occuper les hauts plateaux et sédentariser les gens, afin de porter le développement économique dans les régions les plus défavorisées, mais les plus porteuses d'espoirs. Ce sont les régions qui se trouvent à 200 kilomètres du littoral et qui sont parfaitement viables, en terme de réseaux de transport et d'alimentation en eau. Il fallait également occuper le sud et y chercher les points où l'économie était naissante ou importante. Dans ce sens, nous n'avions pratiquement qu'une possibilité, c'est à dire le gaz et le pétrole. Mais nous nous sommes dit qu'il était aussi possible de développer des zones agricoles, ou celles potentiellement commerciales sur les régions frontalières. Il fallait donc réaliser des villes nouvelles dans le sud et le grand sud, notamment autour des villes bloquées ou enclavées. A Tamanrasset, par exemple, il fallait chercher les points d'eau les plus proches et construire une ville nouvelle aux alentours. Ghardaïa est également une ville " bloquée ", qui connaît une forte urbanisation. Le site était saturé, ce qui nous a obligé de descendre vers la palmeraie et de sacrifier 50 % de celle-ci. La seule réponse est donc une ville nouvelle sur le plateau de Ghardaïa, à 10 kilomètres, et une autre du coté de Metlili ou à 50 kilomètres de Ourgla. Par ailleurs, un point sombre réside dans nos frontières qui sont mal sécurisée ; il s'agit là d'un problème de taille car il n'y à pas de vies sur 4 à 5 milles kilomètres d'entre elles. La seule solution est de chercher des points avec une économie naissante, et même du commerce ou des passages informels. En effet, si ces passages existent c'est que l'endroit est intéressant et peut être urbanisé. Nous commencerons par les frontières du coté du Niger, du Mali et du côté de Djanet. Avant nous, l'administration centrale a créé des villes nouvelles et des wilayas à partir de rien. Il se peut que l'on puisse aller dans ce sens et créer le long des frontières des centres administratifs, qui permettront de sécuriser le site et de porter l'économie locale. En cela, nous avons un peu pris exemple sur les villes nouvelles françaises et en égyptienne. Sur le dossier présenté au gouvernement en 1995-1996, nous avons à réaliser 25 villes nouvelles pour l'Algérie. A l'époque la politique des villes nouvelles était très difficilement conciliable avec la politique sécuritaire. Nous avons donc déplacé les priorités, mais aujourd'hui nous nous retrouvons en plein dans ce projet. Il y 100 milles logements à réaliser en 3 ou 4 ans. Si nous avions un tissu de villes nouvelles organisé, nous aurions très facilement pu absorber ce programme. Le dossier des 25 villes nouvelles a donc prit du retard, mais la législation concernant ces projets a repris. Nous avons un premier site en cours de réalisation à Alger, celui de Mahelma ; d'autres sites tels que Bourjoul, El Golea et Constantine sont, par ailleurs, en bonne voie de commencement. Mahelma, née en 1997, est la plus importante, car elle doit répondre aux besoins de la capitale. Nous avons pour mission de porter le rayonnement de la capitale, notamment dans les domaines des nouvelles technologies, de l'information, de la communication, de l'équipement électronique, de formation et des sciences.

Comment financez-vous ces projets de villes nouvelles et notamment celui de Mahelma?

Le projet a donc commencé le 1er septembre 1997. A l'époque, les priorités n'étaient pas à la réalisation de ces villes nouvelles. Il fallait être imaginatif, et c'est ce que nous avons fait avec monsieur Cherif Rahmani, qui était à l'époque ministre gouverneur de la ville d'Alger. La wilaya d'Alger et le gouvernement de l'époque avaient la possibilité de développer une agglomération, mais juridiquement parlant, ils n'avaient pas la possibilité de développer une ville nouvelle parce que la loi n'était pas votée. D'où l'incapacité d'inscrire une opération au niveau du gouvernement, centralisée et financée par l'Etat. Ce n'était pas un projet d'Etat, mais bien d'urbanisation locale ; il fallait donc avoir l'intelligence et l'audace de lancer un tel projet et d'y faire adhérer les collectivités locales dans un premier temps, et ensuite l'administration locale et le gouvernement. Nous avons commencé par réaliser des petites opérations, ainsi 400 logements ont été financés par la wilaya d'Alger, pour un montant de 200 millions de dinars. Cette première opération a permis de créer le mouvement d'urbanisation avec l'acquisition de terrains en 1997, 1998, et 1999. Nous avons établi nos plans d'urbanisme et commencé à céder les terrains. Le projet a commencé à vivre avec ses propres ressources ; le moment n'était pas encore venu pour demander les financements de l'Etat. Nous avons, en quelque sorte, essayé de soulager l'Etat durant les premières années, jusqu'au moment où il fasse de la ville nouvelle une priorité, comme c'est le cas aujourd'hui. Cette manière de procéder a réussi car elle nous a permis, sans interventions de l'Etat et sans financement central, de mobiliser environ 700 hectares de terrains et de lancer 1.000 logements avec une architecture améliorée, mais surtout avec un environnement de qualité, inscrit dans plan d'urbanisme organisé. Cette période nous a été profitable pour régler les problèmes fonciers, d'études d'urbanisme directeur et opérationnel et puis aussi pour nous faire connaître.

Pouvez-vous nous parler de vos partenaires étrangers?

Notre réussite est également due à la confiance de nombreuses ambassades. Ainsi, l'ambassade de France a accepté de signer avec nous un projet de coopération, pour promouvoir les villes nouvelles et pour apporter l'information nécessaire aux cadres qui devaient porter la nouvelles ville de Sidi Abdellah. L'ambassade des Etats-Unis a également cru au projet et a financé le traitement de l'environnement, les rejets liquides et solides. Au départ le financement était de 150 milles dollars pour l'étude d'une décharge publique, mais en 2000 nous avons signé pour un financement de 200 milles dollars pour une étude de faisabilité de la station d'épuration. Nous sommes, par ailleurs, en attente pour le financement de l'étude de faisabilité du pôle technologique de la ville nouvelle. Avec l'ambassade du Canada, nous avons eu, par l'intermédiaire de l'agence de développement industriel (ACTI), un financement pour l'étude d'impact de la ville nouvelle sur son environnement. Cette étude a été réalisée par un grand groupe canadien. Cela nous a permis d'y voir plus clair au plan de la flore, de la faune, des ressources hydrauliques, de la qualité de l'eau et de l'emploi. Nous avons aussi demandé aux canadiens de nous financer une étude sur l'utilisation des énergies nouvelles: le solaire, les vents et l'eau. Cette étude devrait aussi nous permettre de nous informer sur d'autres techniques d'urbanisation, intégrant davantage la nature. Nous avons également eu la confiance des coréens qui, en visitant le territoire de la ville nouvelle, on décidé d'y apporter une contribution avec l'apport de technopoles scientifiques et d'un savoir-faire. Ils nous ont aussi légué un million de dollar, pour nous permettre de remettre à niveau le plan d'urbanisme de la ville nouvelle. Il faut en effet se procurer des câbles et des sites aptes à recevoir des firmes nationales et internationales dans le domaine des nouvelles technologies. Enfin, nous avons également eu des relations très étroites avec les Libanais, les Tunisiens et les Marocains. Globalement au niveau international, nous avons reçu quelques 2,5 millions de dollars de financement. Cela nous a indéniablement aidé à conquérir la reconnaissance de certaines administrations étrangères et de spécialistes qui font le même travail que nous.

Quels sont les problèmes majeurs que vous rencontrez dans le développement de cette ville nouvelle ?

Au départ, nous avons eu beaucoup de difficultés à lancer le projet. La première est relative à l'accès au foncier, car il est protégé par des lois et les conditions d'urbanisation. Il a donc fallu convaincre que le périmètre de la ville nouvelle devait s'imposer à tous, et qu'il y avait un droit de péremption de l'Etat que personne ne pouvait discuter. Pour en arriver là, rien n'a été facile. Il a fallu négocier avec les administrations centrales, les agriculteurs, etc. A ce niveau, le fait que je sois natif de la région et connu des gens m'a beaucoup aidé. J'ai recruté beaucoup de gens des alentours, notamment pour créer un service de sécurité. En effet, la deuxième difficulté fut de sécuriser le site, qui se trouvait dans une zone très fréquentée des terroristes. Le troisième problème fut de ramener les grands réseaux publics pour pouvoir désengorger Alger et viabiliser la ville nouvelle. Ceci a d'ailleurs créé une hésitation chez les investisseurs. Aujourd'hui ce problème est en voie de solution, car il est devenu projet d'Etat. En 2003, nous allons jouir du financement d'Etat pour les projets publics. D'ailleurs nous l'avons déjà, avec une enveloppe de 160 millions de dinars. Un autre projet est en cours de réalisation avec la construction de 10 kilomètres d'autoroutes, qui permettraient de relier définitivement Sidi Abdellah au réseau. Maintenant, nous attendons les financements des grands investisseurs privés. Nous avons par ailleurs près de 500 demandes de prise en charge. Parmi ces 500 demandes, seul une cinquantaine ont pu être honorée. Pour le moment, nous avons 200 clients dans la ville nouvelle. Les gros commencent timidement à se faire connaître. Il y a l'hôpital américain, qui est le résultat d'un accord entre les pétroliers américains, Sonatrach, l'ambassade des Etats-Unis et Union Bank, pour trouver une solution aux maladies cardio-vasculaires. Nous avons un deuxième grand projet qui est celui de Khalifa Airways ; il a nécessité plus de six hectares pour réaliser un centre de formation aéronautique du personnel navigant. Le troisième grand projet est celui du Cyber Parc. Nous allons donner 14 hectares au ministère de la poste et des télécommunications pour qu'il y implante des équipements liés aux nouvelles technologies. De grandes firmes nationales et internationales voudraient, par ailleurs, avoir une représentation dans ce Cyber Parc. Un autre partenaire est le ministère de l'enseignement et de la recherche scientifique, qui va réaliser neuf centres de recherche et de développement. En ce qui concerne le Cyber Parc PTT, nous lançons les travaux d'aménagement en décembre prochain. Un groupe américain a déjà entamé l'étude du projet ; en attendant, nous allons commencer le programme d'aménagement et lancé les infrastructures de base nécessaires au développement de ce Cyber Parc. En 2003, nous aurons également à construire le siège de l'administration qui va gérer le Cyber Parc, et puis la grande salle des conférences (auditorium). Le pôle de service a lui aussi débuté avec la construction de 1.000 logements. Nous y aurons aussi nos entrepôts frigorifiques et toutes les activités de services liés à la vie de tous les jours. La ville nouvelle a été divisée en 3 grands secteurs: la ville de services, qui doit prendre en charge toute la vie quotidienne de la ville, le village technologique et la ville de luxe, celle des grands équipements et où nous monopolisons une zone franche de 40 hectares pour les investissements internationaux.

Quels sont les atouts de la ville de Sidi Abdellah pour attirer les investisseurs?

D'abord il s'agit de l'Algérie. Les investisseurs auront le marché européen à leur pied et pourront bénéficier de conditions économiques très favorables. Ils ont des assiettes foncières moins chères qu'en Europe, ainsi qu'une main d'œuvre moins chère et très qualifiée. Nous avons en effet de jeunes universitaires dynamiques et bien formés avec des salaires inférieurs à ceux des européens ou des américains. Il y a également la qualité exceptionnelle du site avec une impressionnante vue sur la mer Méditerranée et sur l'Atlas de la Mitidja. Contrairement à Alger, nous avons à Sidi Abdellah de l'eau en suffisance pour répondre aux besoins de tous ; nous allons aussi recevoir les réseaux les plus fiables d'Algérie, tels la fibre optique, Internet et une énergie électrique stable. Nous avons un accès direct à l'autoroute à partir du Cyber Parc. Il y a, par ailleurs, un maître d'ouvrage sur place qui met à la disposition des investisseurs l'ensemble des informations nécessaires, aussi bien cartographiques que celles relative aux études d'impact, aux problèmes de sismicité, etc. Ce sont des documents fait par les plus grands bureaux européens et américains et qui n'existent nul part ailleurs en Algérie.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de votre plus grande satisfaction au cours de celui-ci?

Je suis diplômé de l'école Polytechnique d'Alger, génie civile, et j'étais majeur de promotion. J'ai fait la route transsaharienne de 1971 à 1973. Après cela j'ai travaillé à la Caisse Algérienne pour l'Aménagement du Territoire. J'étais responsable régional à Annaba dans le cadre des études de restructuration des quartiers anciens. Ensuite j'ai été directeur de la Caisse Algérienne à Alger. De 1981 à 1983 j'étais directeur général du plus grand bureau d'architecture et d'urbanisme d'Alger ( ETAU). J'ai eu la satisfaction de faire près de 40.000 logements à travers le territoire national et de m'occuper de la réalisation d'une quinzaine d'hôpitaux. Après on m'a nommé directeur général d'urbanisme au ministère de l'habitat de 1983 à 1986. J'ai à mon actif la rédaction du code de l'urbanisme et de la loi sur les permis de construire et de lotir. Le code était prêt en 1986, mais il n'a jamais été adopté. En 1987 j'ai été nommé directeur général de l'OFARES ; j'avais pour mission la restructuration du cœur d'Alger. Ainsi, j'ai eu à superviser la construction de l'hôtel Sofitel, de la bibliothèque nationale et du palais des congrès, qui n'a pas été réalisé. C'était sans doute là ma plus grande satisfaction professionnelle. J'ai aussi lancé le projet du " ravin de la femme sauvage " et de la cité financière. Après 1989, on m'a demandé de changer de poste pour m'occuper du développement rural. Là, j'ai tenté d'imposer ma préférence pour les matériaux locaux ; j'ai donc initié une politique d'utilisation de matériaux locaux, mais après mon départ le projet a périclité. En 1994, j'ai préparé les lois avec monsieur Cherif Rahmani, qui m'avais demandé d'aller à la direction de l'aménagement du territoire et d'urbanisme au ministère de l'équipement. Il m'a nommé conseiller chargé des villes nouvelles. En 1996 on ne voulait plus parler des villes nouvelles parce que le gouvernement avait changé. Mais lorsque Cherif Rahmani a été nommé à la tête du gouvernorat de la ville d'Alger, il a décidé de réaliser une ville nouvelle. Au départ nous avons donc rencontré des difficultés, mais nous avons persévéré ; c'est pourquoi je suis encore directeur d'établissements publics pour l'aménagement de l'agglomération nouvelle de Sidi Abdellah. Il faut ajouter que, pendant les périodes où je n'ai pas travaillé, j'ai enseigné à l'école nationale de l'administration ; j'ai également professé au niveau du ministère des travaux publics, pour les ingénieurs qui passaient d'ingénieurs simples à principaux. Je suis, par ailleurs, membre du CNES depuis sa création.

Avez-vous un message final à adresser aux investisseurs intéressés par le marché algérien?

En arrivant en Algérie les investisseurs vont peut-être être surpris par la beauté du pays, par l'intelligence et de la bonté de ses habitants. Ils seront aussi curieux de savoir où en est le terrorisme, mais ils se rendront très vite compte qu'Alger est une capitale comme une autre, sécurisée. Il faudrait néanmoins qu'ils restent sur cette rassurante constatation, parce qu'ils seront, par ailleurs, confrontés à une administration et à des conditions difficiles. Mais le challenge est là, il ne faudrait pas qu'ils perdent de vue que l'Algérie est un pays aux innombrables potentialités, avec un marché de plus de 30 millions d'habitants. Ce marché est à la fois ouvert sur l'Afrique et sur l'Europe. Sur le plan de la ville nouvelle de Sidi Abdellah, elle représente un projet porteur pour l'économie algérienne de demain et pour la recherche scientifique. Il faut investir dans ce projet pour pouvoir recevoir les dividendes dans quelques années. Dans cinq années Sidi Abdellah aura, en effet, un rayonnement international. Les premiers seront les mieux servis. Je demande également aux investisseurs de nous aider à régler le problème de nos circuits bancaires. Leurs investissements ne sont pas perdus, leurs dividendes également, mais il faut les informer des lenteurs du système bancaire. Enfin, l'Algérie est un pays économiquement fiable et riche, seul les rouages administratifs et financiers sont à parfaire.



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