Ces dernières années le secteur de l’investissement direct à l’étranger est très compétitif en Afrique de l’Ouest, avec l’ensemble des pays de la région qui se battent pour sécuriser un maximum d’investissement étranger. Selon vous, quelles sont les avantages comparatifs majeurs de la Guinée par rapport aux autres pays de la région ?
Avant de parler d’avantage comparatif, il faut mettre l’accent sur les évolutions majeures qu’il y a eu en Guinée. Pour parler d’investissement direct étranger, de promotion de l’économie à travers soit les investissements du secteur privé ou les investissements dans le cadre des relations gouvernement/ gouvernement, il y a un certain nombre de pré requis ou d’éléments fondamentaux qu’il faut mettre en place.
Chez nous, au cours des cinq dernières années, nous avons procédés à plusieurs reformes. Nous avons fait la réforme du secteur de la défense et la réforme du secteur de la justice, car sans justice il n’y a pas de garantie d’investissement. L’investisseur, avant de venir dans un pays, se pose un certain nombre de questions parmi lesquelles : quelle est la garantie que j’ai par rapport à l’investissement que je vais apporter. Donc il y a eu des réformes en profondeur dans le secteur de la justice.
Dans le secteur des Télécommunications et des Technologies de l’information, les services se sont beaucoup améliorés ces cinq dernières années. Par rapport à certains pays voisins, nous avons la quasi-totalité du pays qui est couvert par la téléphonie mobile. Toutes les localités en Guinée ont accès à la téléphonie mobile. Nous avons la 2G et la 3G dans toutes les grandes agglomérations ce qui désenclave le pays et permet les échanges.
Avec la prise en compte de la dimension économie numérique, au niveau du Ministère des Télécommunications, nous avons pour ambition de développer des contenus et des applications pour permettre aux PME et au secteur privé local de développer leurs activités. A cet effet, il y a une dynamique qui est portée par le gouvernement pour encourager l’investissement direct à travers l’employabilité des jeunes et la dynamisation des secteurs économiques. Je crois que c’est autant de facteurs compétitifs aujourd’hui que nous pouvons présenter et vendre au monde extérieur.
Votre Ministère a comme objectif prioritaire la mise en place d’un cadre réglementaire attractif pour sécuriser des investissements étrangers dans le secteur des NTIC. Selon vous, quelles sont les principales opportunités d’investissement pour les entreprises étrangères dans ce secteur ?
Nous créons des conditions favorables à l’investissement pour favoriser le développement des infrastructures de télécommunication. Et nous faisons en même temps des TIC des leviers de croissance que nous pouvons mettre à la disposition des autres secteurs que sont l’éducation, la santé, l’agriculture, le commerce, et tous les secteurs de production pour améliorer la production et la distribution. Pour ce faire, nous avons besoin de mener un certain nombre de réformes. Les réformes législatives et structurelles sont importantes. Ce sont ces différentes réformes qui nous permettent de construire une certaine architecture institutionnelle propice à l’épanouissement et au développement.
Cette année, nous avons réussi à présenter quatre lois à l’assemblée nationale et les quatre lois sont passées à la première lecture. Il s’agit de la loi relative à la Cyber sécurité, la loi relative aux données à caractère personnel, la loi relative aux transactions électroniques et la loi relative à la réforme du secteur postal. Ces lois ont été adoptées par l’Assemblée Nationale. Nous sommes persuadés que ceci constitue un progrès significatif qui va permettre de rassurer les investisseurs dans le Cyber espace sur à la sécurité et la garantie que nous donnons pour ce qui est de la protection des données à caractère personnel qui vont jusqu’à la protection de la propriété intellectuelle.
Nous encadrons les transactions électroniques, car l’essentiel des transactions aujourd’hui se fait dans le Cyber espace. Sans garanti et sécurité il y a trop de risques. Pour attirer les investissements dans ce secteur, il faut un cadre légal et règlementaire attrayant et c’est autant d’atouts aujourd’hui que nous avons.
Le Ministère des Postes, des Télécommunications et de l’Economie Numérique fait aussi la promotion des postes en partant de la Poste traditionnelle jusqu’aux services innovants parce que la poste en général a tendance aujourd’hui à fournir des services à valeur ajoutée. Nous sommes en retard en ce qui concerne le développement des activités postales, mais nous sommes entrain d’œuvrer pour rattraper ce retard en évitant les erreurs du passé. Avec toutes les opportunités, l’intelligence, la disponibilité, le courage et la volonté nous y arriverons.
Vous avez récemment lancé la semaine du Numérique 2016, ayant pour but de favoriser l’accompagnement des jeunes guinéens désireux d’entreprendre dans le secteur des TIC. Pensez-vous que la relance de l’économie Guinéenne repose en grande partie sur l’entreprenariat et le développement social de la jeune guinéenne ?
Effectivement, nous avons organisé la semaine nationale d’entreprenariat dans le numérique du 17 au 21 mai 2016. L’objectif de cette semaine était d’abord de sensibiliser la jeunesse quant aux potentialités dans le secteur du numérique et aussi de parvenir à casser le tabou et montrer que les technologies de l’information et de la communication ne sont pas réservées qu’aux intelligents, qu’aux mathématiciens et grands spécialistes. De montrer que dans la vie courante nous faisons tous usage d’une façon ou d’une autre d’une application, d’un service ou d’une facilité offerte par les TIC.
A cet effet, il était de notre devoir de présenter d’abord l’écosystème du numérique, de présenter le cadre institutionnel, de présenter les lois, les applications, et de rassurer les jeunes que les TIC constituent aujourd’hui un levier incontournable dans les différents processus de production et de distribution des produits et des services. Nous avons voulu que cette sensibilisation soit dans les Universités, ça nous permettait de mettre l’accent sur la contribution des TIC à parfaire le système d’enseignement, le système éducatif par le E-Learning. Nous avons invité des spécialistes de santé pour expliquer les volets liés au E-Heart et nous avons invité d’autres spécialistes dans le secteur de production, des banques, des assurances et autres.
Et au cours de cette semaine nous avons lancé un concours national de détection d’initiative durant lequel j’ai proposé d’accompagner les dix premiers projets qui seront sélectionnés pendant au moins six mois jusqu’à ce qu’ils aient leur premier contrat. Il y a donc eu un concours national avec un jury, et des applications dans le domaine de la Santé, de l’Education et du Tourisme. J’ai demandé à Mr. Gabriel Curtis, Directeur Général de l’APIP de trouver une date pour inviter ces lauréats afin qu’on s’assied pour définir avec eux le mécanisme d’accompagnement à mettre en place jusqu’à l’obtention de leur premier projet.
Un de vos principaux défis en tant que Ministre des Postes, Télécommunications et de l’Economie Numérique est également de renforcer l’accès à Internet à travers l’ensemble de la Guinée, et avec les pays voisins, base nécessaire pour consolider le développement du pays. Quelles sont les mesures prises par votre Ministère pour atteindre ces objectifs ?
Avec internet nous avons deux composantes fondamentales : il y a le segment international et la distribution à l’échelle nationale. Pour ce qui est du segment international, nous avons accès au câble sous-marin (ACE) et sommes en train de trouver un deuxième câble pour une question de sécurité, de continuité de service et, bien entendu, de concurrence.
Pour ce qui est de la distribution nationale, l’Etat, à travers le ministère en charge des Télécommunications et de l’Economie Numérique, est en train de déployer un réseau dorsale de fibre sur près de 4000km. Ce qui permettra d’interconnecter toutes les grandes agglomérations et de fournir non seulement des liens de transports aux téléphonies mobiles existants et aux opérateurs fournisseurs d’accès internet, mais cela permettra également une éclosion de PME et PMI qui ont des propositions à services faire à la population et aux entreprises. Des propositions en termes d’application, de contenu et d’accès afin de rendre cet écosystème numérique plus dynamique et attrayant.
Excellence, nommé en Janvier à la tête d’un Ministère riche de nombreux défis à relever, quel bilan dresseriez-vous de vos débuts jusqu’à présent pour moderniser ce secteur et répondre aux enjeux internationaux actuels ?
C’est difficile de s’auto évaluer. J’aurais aimé que cette question soit posée à d’autres personnes de mon Ministère ou à d’autres collègues ministres. Ils pourraient certainement mieux évaluer ce qu’on a fait jusque là. Pendant ces six premiers mois nous avons réussi à présenter au conseil des ministres et à l’assemblée nationale jusqu’à validation quatre lois. Certains m’ont dit que depuis plus de 20 ans aucun ministère n’avait présenté quatre lois et réussi à les faire passer. C’est donc quelque chose d’appréciable.
Nous sommes en train d’élaborer la stratégie nationale du développement des TIC de l’économie numérique et sommes vers la fin. J’étais en train de revoir le rapport final qui sera publié d’ici la fin du mois de juillet. Cette stratégie va couvrir la période 2016 – 2020. Ce sera la stratégie nationale de développement des TIC de l’Economie Numérique assorti d’un plan d’action et d’un chiffrage. Aujourd’hui le gouvernement s’est rendu compte qu’il faut s’appuyer sur les TIC pour développer les autres secteurs. Nous avons souvent été cité comme étant un pays des mines (la bauxite, de l’or du fer etc.) mais le résultat obtenu n’a pas été à la hauteur de nos attentes.
Par contre, tous les pays peuvent être des pays TIC parce que la seule richesse équitablement répartie dans le monde est l’intelligence -la matière grise-.. Nous pouvons faire usage de cette matière grise pour développer des applications, développer des contenus en tenant compte de nos besoins réels, en tenant compte des besoins des PME et des PMI pour créer un écosystème local afin de donner un nouvel élan à notre économie. Notre stratégie est bâtie autour d’un certain nombre d’axes dont le développement des infrastructures, le développement des applications et le développement des contenus adaptés à chaque secteur. A côté de tous ces développements il y a le développement d’un arsenal juridique pour tout encadrer.
Infrastructures, applications, contenus, arsenal juridique ne peuvent être développés qu’avec des ressources humaines compétentes et donc le développement des compétences sera essentiel pour accompagner toute cette dynamique économique. Et encore, la position géographique de la Guinée qui est située-au centre de l’Afrique de l’Ouest-, est donc le seul pays qui a six pays limitrophes. Cette position et stratégique et nous permettra de développer des liens terrestres pour interconnecter ces pays.
Enfin, l’autre nouveauté c’est que nous venons d’adhérer à l’Alliance ‘’Smart Africa’’ ; nous sommes le 13ème pays africain adhérent. Ce projet est porté par l’Union Africaine qui a pour ambition de mobiliser 300 milliards de dollars pour plusieurs volets et la Guinée s’occupe de l’inter connectivité des pays africains. Ainsi, le président de la République de Guinée est facto membre du conseil Smart Africa et le Ministre des Télécommunications est membre du comité de pilotage avec les onze autres pays en plus de la Banque Mondiale et de la Banque Africaine de Développement. Nous avons pour ambitions d’éliminer des charges pour pouvoir passer des appels téléphoniques entre pays comme si nous étions dans le même pays. Cela nous permettra d’augmenter le volume de trafic et de réduire les coûts. Donc c’est autant d’éléments que nous prenons en compte dans notre stratégie National des TIC.
Titulaire d’un Master en Ingénierie des Télécommunications et TIC, vous avez occupé le poste de Fonctionnaire principal chargé des politiques de développement de Telecom au sein de la commission de l’Union Africaine puis Directeur Général de l’ARPT pendant 4ans, avant d’être nommé Ministre des Postes et Télécom. Il va s’en dire que vous êtes un modèle et une source d’inspiration pour la jeunesse de Guinée, quelles seraient vos recommandations à leur égard pour acquérir un tel parcours?
Je voudrais juste apporter une précision. En effet, de l’Union Africaine, je suis venu comme Directeur Général de l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) avant d’être Ministre.
Ce que je dirais à la jeunesse, c’est que nous qui sommes issus de pays pauvres, nous qui sommes issus de pays en voie de développement, nous ne devons pas avoir de brouillons, nous ne devons pas écrire dans l’intention d’effacer et de revenir. Cela veut dire que nous n’avons pas droit à l’erreur et devons être conscient du retard dans lequel se trouve notre pays. Nous devons aussi être conscient du fait qu’il n’appartient qu’à nous de combattre ce retard et de nous investir pour le meilleur de notre pays. Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas besoin de l’apport extérieur, que nous n’avons pas besoin de l’appui de nos partenaires, bien au contraire, mais nous souhaitons que ce qui vient de l’étranger et de l’extérieur vienne en complément et que l’essentiel de la production et de l’énergie positive soit développée au niveau de nos Etats. Ceci ne peut se faire qu’avec une très bonne formation, une très bonne éducation et une grande discipline. Sans formation, sans éducation et sans discipline nous ne pouvons aller nulle part.
Les lecteurs de l’eBiz Guides incluent majorité d’hommes d’affaire et politiciens des plus influents dumonde entier. Quel message final voulez-vous leur transmettre sur les raisons d’investir en Guinée ainsi que sur le Ministère des Postes et Télécommunications ?
Je voudrais dire à tout le monde, que ça soit aux lecteurs de l’eBiz Guides ou à toute autre personne, qu’elle soit investisseur ou simple touriste, d’aller au-delà des stéréotypes, d’aller au-delà des clichés, et de nous juger sur le concret, sur ce que nous faisons. Je voudrais leur dire de venir constater par eux-mêmes ce qu’il y a en Guinée et ce que notre pays peut offrir. Puisqu’avant de demander ce que peuvent-nous offrir les autres, nous devons présenter ce que nous pouvons lui offrir, en termes d’ouverture, en termes de sécurité, en matière d’environnement d’affaire et en termes de garantie de son investissement. Même en termes d’amitié simple et de courtoisie car une fois la porte ouverte pour quelqu’un, quand vous souriez, vous gagnez son amitié, vous gagnez son adhésion et même si vous n’avez rien d’autre à lui offrir, le simple fait de lui sourire et de lui ouvrir votre porte vous permettra d’arriver à quelque chose. Donc une fois transcendés les stéréotypes et les clichés je suis convaincu que la Guinée est un pays où l’on peut venir investir.