Monsieur le Ministre, l’exploitation du pétrole est très récente. Quel état des lieux peut être fait aujourd´hui ? Pouvez-vous nous éclairer sur le démarrage de cette évolution majeure pour la Mauritanie ?
L’activité pétrolière en Mauritanie a commencé en fait au début des années soixante. Cependant, c’est à partir de 1994 que notre pays a signé des contrats de partage de production avec un consortium de sociétés, mené par une entreprise australienne, Woodside. En 1997, nous avons également signé des contrats avec un autre consortium. Il y a incontestablement un intérêt croissant de la part des sociétés de ce secteur pour notre pays.
La première exploitation effective de pétrole a eu lieu en février 2006 et s’est faite en collaboration avc un ensemble de sociétés dont Woodside, que j’évoquais précédemment.
Nos réserves OffShore sont aujourd’hui estimées entre 460 et 500 millions de barils.
Cette période de transition se caractérise par une volonté de transparence. L’exploitation du pétrole implique généralement un volume important de revenus. Comment garatissez-vous la bonne gestion de ce secteur ?
La Mauritanie est un pays au potentiel économique très important. Nous avons quantités de ressources, que ce soit dans le secteur minier, de la pêche ou de l’élevage, et maintenant dans celui des hydrocarbures. Nous jouissons d’une situation géographique privilégiée, à quelques heures de l’Europe, à cheval sur le monde arabe et l’Afrique noire, et nous sommes idéalement situés par rapport au continent américain.
Toutes ces richesses, pour un pays d’à peine 3 millions d’habitants, auraient dû apporter une prospérité partagée par tous. Nous devons au peuple mauritanien cette prospérité, et nous oeuvrons afin que cela se concrétise rapidement et de manière durable.
Les objectifs annoncés lors du changement du 03 Août 2005 étaient clairs, définis dans un esprit de concertation. Cela nous a permis d’amorcer cette nouvelle période sans la moindre effusion de sang. De fait, la plupart des mesures sur lesquelles nous nous étions engagés ont été prises ou le seront avant Mars 2007, et nous travaillons dans un environnement apaisé, soutenus par les principales organisations internationales.
La mise en place durable d’une démocratie véritable n’est pas chose aisée sur un délai aussi court. Il s’agit d’ancrer des modes de bonne gestion et de transparence. La Mauritanie est membre de très nombreuses institutions internationales de transparence , notamment en ce qui concerne les énergies extractives. Les revenus pétroliers, plus particulièrement, sont l’objet d’une surveillance permanente. Nous avons procédé à l’ouverture d’un compte à la Banque de France concernant ces revenus, et tous les mouvements de ce compte sont consultables sans restrictions.
L’arrivée des investisseurs internationaux, surtout dans le secteur pétrolier, fait parfois craindre que ceux-ci tirent profit des ressources naturelles du pays sans en faire vraiment profiter la population.
Les investisseurs sont des partenaires qui viennent pour travailler et faire des profits. Il est cependant essentiel qu’ils s’intègrent pleinement dans la société où ils s’installent, et cette intégration passe par une collaboration ouverte avec les acteurs mauritaniens. Une entreprise qui n’a pas cette volonté s’expose au risque de provoquer un certain rejet de la part des populations. Notre rôle est d’élaborer un cadre légal qui favorise l’investissement tout en préservant l’intérêt des mauritaniens. Nous avons eu des discussions très ouvertes avec la société Woodside, par exemple, et sommes arrivés à des accords satisfaisants pour les deux parties.
Comment pensez-vous éviter les écueils qui accompagnent souvent l’exploitation du pétrole et son impact sur l’ensemble de l’économie ? On évoque souvent le fameux syndrome hollandais.
La bonne gestion et la transparence, comme je vous le disais, sont les principaux piliers à partir desquels nous pouvons « digérer » le flux des revenus tirés du pétrole. Le pétrole peut être un facteur de développement, comme il peut créer les déséquilibres que vous évoquez. Nous connaissons en Mauritanie une situation où l’ensemble des secteurs économiques enregistrent des taux de croissance importants, et le pétrole ne déséquilibrera pas cette croissance. Nous ne sommes pas le premier pays qui découvrent cette ressource. Nous saurons nous inspirer des bonnes comme des mauvaises expériences afin d’œuvrer au mieux.
Que dites-vous aux mauritaniens qui voient l’arrivée du pétrole avec espoir mais aussi avec inquiétude ?
La Mauritanie a beaucoup de richesses. Si nous gérons ces ressources pétrolières et gazières de la même façon que par le passé, alors laissons ces ressources où elles sont en attendant que d’autres générations plus sages viennent les extraire. L’exercice est très difficile et très risqué. Nous sommes un gouvernement de transition et notre objectif est d’assurer les élections prochaines en pérennisant les règles de bonnes gestion et de tranparence qui nous avons mis en place. Ceci est notre principal objectif et nous y parviendrons.
Votre ministère gère aussi le gaz et l’électricité, au travers de la SOMELEC et de la SOMAGAZ, en partie privée. Quelle sera l’évolution du secteur de l’énergie en Mauritanie ?
Chacune a son domaine bien particulier, ses spécificités et ses méthodes. Avec le développement général du pays, leurs objectifs seront profondément modifiés. A terme, nous ne souhaitons pas que les pouvoirs publics s’immiscent trop dans les affaires des sociétés. L’administration conservera un droit de regard, mais devra se méler le moins possible de leur gestion.
Vous nous avez confié n’avoir aucunement l’intention de rester au-delà de la période de transition. Quel message aimeriez-vous transmettre à celui qui vous remplacera à ce poste ?
D’abord que je ne lui pardonnerais pas une mauvaise gestion des ressources. À cet égard, lorsqu’il prendra ses fonctions ici, s’il trouve que certaines décisions n’ont pas été bien accomplies, alors qu’il le dise publiquement. Je lui laisserai des dossiers qui de mon point du vue sont clairs. Je reste à son entière disposition s’il en exprime le besoin, mais il devra assumer ses responsabilités. Je partirai de ce bureau avec le sentiment du travail accompli.
L’arrivée du pétrole, la découverte des nouvelles ressources minières, l’ouverture économique du pays dans un environnement stable sont les principales caractéristiques de l’importante croissance économique mauritanienne. Que pensez-vous de la présence française dans ce développement ?
Le relations avec la France ne peuvent qu’être bonnes : nous avons des liens culturels, politiques et économiques forts, avec ou sans le pétrole. Nous avons eu des réunions de travail avec des compagnies pétrolières françaises, et nous avons toutes les raisons de penser que nos relations, qui étaient déjà bonnes, vont être meilleures encore.