Algerie
VERS A DÉVÉLOPPEMENT DURABLE DE L`ALGERIE




INTERVIEW REALISEE AVEC MONSIEUR KALLI
DIRECTEUR GENERAL
ANB

Pouvez-vous nous présenter votre entreprise?

L'ANB est une agence nationale, c'est un prolongement de l'Etat, c'est un établissement public à caractère administratif.
Notre rôle principal est d'assurer la maîtrise d'ouvrage, la maîtrise d'œuvre et l'exploitation des grandes infrastructures de mobilisation et de transport d'eau superficielle. Nous réalisons pour le compte de l'Etat les barrages et les grands transferts, donc le transport d'eau en très grande quantité. Notre mission s'étend de l'étude de faisabilité d'un projet jusqu'à la livraison de l'eau à l'entrée des villes, ensuite l'Algérienne Des Eaux qui prend le relais. Nous donnons de l'eau brute à l'ADE et nous ne la vendons pas parce que nous sommes un établissement public et notre mission est une mission purement de service public.

Pouvez-vous nous donner quelques chiffres clés concernant votre agence?

L'ANB emploie 2 000 personnes dont 300 ingénieurs, pour une exploitation d'un volume global de 5 milliards mètres cube de capacité. L'agence a 15 projets en cours pour un montant de 200 milliards de dinars, elle a également des projets qui vont être lancés en 2003 et 2004. Ce sont des projets de transfert d'eau et de barrages qui coûteront également 200 milliards de dinars. L'agence dispose d'une enveloppe de près de 400 milliards de dinars. Il y a donc des projets en cours de réalisation et des projets en voie de lancement.
Nous avons 5 milliards en capacité de stockage, nous avons 2 milliards en cours de réalisation, et 4 milliards en cours d'étude c'est à dire la moindre échéance, des projets qui vont être lancés en 2003 et 2004.
Pour l'année 2004, l'ensemble de nos barrages en exploitation et en cours de réalisation aura une capacité globale comprise entre 10 milliards et 11 milliards de mètres cube, ce qui amène à la mobilisation de 80 % de toutes les eaux de ruissellement sur le territoire algérien dans la partie nord du pays.

Quelle est la stratégie de développement de l'ANB?

La stratégie de développement de l'ANB n'est pas propre à elle, l'ANB s'inscrit dans une stratégie de réponse du pouvoir public à une demande citoyenne. Nous avons accusé un retard d'une vingtaine d'années, dans la mobilisation des eaux à telle enseigne qu'aujourd'hui, en Algérie, l'eau est distribuée 1 jour sur 3, alors que la quantité disponible permet en fonction du niveau de vie et du nombre des citoyens de répondre à une demande quotidienne et permanente des citoyens. Notre stratégie est d'essayer tout de suite de résorber ce retard, de construire le maximum d'infrastructures. Nous avons totalement élargi notre champ d'action en essayant d'étudier tous les points afin de mobiliser jusqu'à 100 milles mètres cube, alors que d'habitude nous travaillons sur des grandes masses de l'ordre de 20 millions à 1 milliard de mètres cube. Nous faisons un ratissage exhaustif du territoire national, nous continuons la stratégie initiée dans les années 70 pour la construction de grands barrages, et nous essayons d'aller de plus en plus dans le détail, et depuis 2 années nous allons dans les petits barrages hydro-agricoles pour pouvoir mobiliser toutes les eaux de ruissellement, pour répondre à un besoin agricole et ainsi soulager les nappes et préserver toute cette eau pour l'alimentation des citoyens en eau potable.
L'Algérie de part sa situation géographique et son climat et les évolutions climatiques que connaît la planète, se trouve dans une situation où il pleut énormément et cela provoque des dégâts. Il y a 80% de la population concentrés sur la frange littorale mais sur la frange couverte par la pluie qui est de 10 à 15 KM.
La stratégie du gouvernement et du secteur de l'eau en général a évolué, et on a également levé le tabou du dessalement d'eau de mer. La décision de dessaler est prise, le tabou est cassé, et il a été décidé de ne pas attendre les années 2010, 2015, 2020 pour passer à ce dessalement. La stratégie est donc de dessaler l'eau de mer, étant donné que c'est coûteux, mais le résultat est d'avoir une eau de qualité. Toutes les villes situées sur les cotes algériennes se verront alimentées par de l'eau dessalée.
Puisque les ruissellements débouchent sur la mer, nous serons présents au niveau des embouchures de tous les ruisseaux ou les oueds, pour construire des barrages, puis pomper cette eau vers les hauts plateaux pour desservir les zones des hauts plateaux.

Est ce vrai qu'il y a un sur pompage des nappes de la MITIDJA ?

Tout à fait. La MITIDJA est une nappe qui a été surexploitée en réponse à une demande réelle et à une situation gravissime, nous n'avons jamais connu la sécheresse d'il y a 2 ans. Le principal barrage qui desservait Alger était à sec. La seule solution qui restait était soit de dessaler l'eau de mer, et installer une unité de dessalement de 600 milles mètres cube par jour ce qui est une affaire de 4 à 5 ans, soit aller chercher l'eau dans les nappes. Nous avons donc surexploité la nappe de la MITIDJA et il y a eu un rabattement de la nappe qui atteint parfois 40 à 50 mètres. Ceci nous a poussé à penser qu'il faut toujours avoir une solution alternative d'une part. D'autre part pour une ville comme Alger il faut au delà de 1 à 2 sources.


Nous avons été dans le cadre d'un programme d'urgence que nous avons mené dans un délai extrêmement court pour trouver une troisième solution qui permettrait de ramener l'eau des barrages de l'ouest. Alger a aujourd'hui 3 points d'alimentation, la nappe de la MITIDJA, l'ancien système et on vient de mettre à sa disposition un autre système qui s'appelle GHERIB BOUROUMI.
Alger disposera à compter de 2005 d'une capacité de 400 milles mètres cube par jour en matière d'eau dessalée. Aujourd'hui Alger a besoin de 600 milles mètres cube par jour.

Il y a plein de petites stations de dessalement le long du littoral pour répondre à des besoins ponctuels. Ce sont des stations de 2 milles à 2 milles 500 mètres cube par jour, il y a une grande station qui est en cours de réalisation au niveau d'ARZEW, où nous avons une très grande zone industrielle qui consommes énormément d'eau. Il y a une station qui est encours de construction qui va dessaler de l'eau nécessaire à l'industrie et dégager un surplus de 40 à 60 milles mètres cube qu'on viendra injecter dans le réseau. Il y a un appel d'offre pour le BOT qui a été lancé pour 100 milles mètres cube à ORAN, et les dossiers sont encours pour lancer entre 200 et 300 milles en BOT ou bien en concession ou bien en construction pure ou simple pour Alger.

Qu'est il de la recherche de partenaires ?

L'ANB est à la recherche de savoir faire étranger. De part ses attributions, l'agence ne cherche pas des partenaires, mais elle lance des appels d'offre, et fait des analyses sur des bases équitables, transparentes qui ont été portées à la connaissance des soumissionnaires à l'avance. C'est un partenariat dans le cadre de type relation maîtres d'ouvrages entreprises de réalisation, nous ne cherchons pas à nous associer.

Comment voyez vous votre secteur dans les dix prochaines années?

Il serait bon de comparer à une base et à un référentiel. Depuis 2 ans et demi il y a une prise de conscience réelle qui a été absente pour ces problèmes d'eau, et surtout des problèmes de défi. Elle s'est traduite par une multiplication des efforts des pouvoirs publics et de l'Etat pour la prise en charge de ce problème. L'ANB a un portefeuille d'affaires de l'ordre de 60 milliards de dinars donc un peu moins de 1 million de dollars; aujourd'hui nous sommes à 4 milliards de dollars en 2 ans ce qui est énorme pour l'Algérie. Malheureusement ces projets prendront du temps pour être réalisés. L'impact de ce que nous avons commencé il y a 2 ans va commencer à se faire ressentir à partir de la fin de 2004. Je suis très optimiste pour les 10 prochaines années à venir, parce que par rapport au passé nous serons mieux, et nous répondrons à une demande réelle. Mais ceci ne doit pas nous faire retomber dans une autre léthargie comme par le passe, il faut qu'on pense dés à présent à 2020, 2030, 2040; ce sont des projets qui se mûrissent 20 à 30 années à l'avance, et c'est pour cela qu'il a été décidé dés à présent de dessaler l'eau de mer. Il me semble que le problème de l'eau a été pour une fois pris en charge par les pouvoirs publics.
J'espère qu'on nous laissera le temps. Même les partenaires étrangers ont réalisé qu'il y a cette fois une réelle prise en charge de l'eau en Algérie.
Nous leur faciliterons la tache en mettant à leur disposition tous les moyens…nous intervenons pour aller vite, et pour une fois les gens ont compris que les pouvoirs publiques ont pris d'une manière très forte pour régler ce problème d'eau définitivement.

Pouvez vous nous parler de votre parcours professionnel?

J'ai suivi des études d'ingénieur de travaux publiques, hydraulique, battement, génie civile…j'ai travaillé sur un projet qui pour nous a une importance politique qui est la route transsaharienne, j'ai été responsable de la gestion de 200 KM de cette longue route qui fait des milliers de KM. J'ai été ensuite sous directeur au niveau du ministère des travaux publiques chargé de la gestion du réseau multinational pendant quelques années, puis j'ai été nommé directeur général de l'organisme de contrôle technique des travaux publiques. Avec la transformation des entreprises j'ai été élu PDG de l'organisme. J'ai été ensuite promu au poste de secrétaire général du ministère.
J'ai fait avant tout cela un master en management et maîtrise technique à Ponts et Chaussées de Paris, et c'est après cela que j'ai été nommé secrétaire général du ministère. Par la suite comme tout fonctionnaire j'ai pris une année sabbatique, et j'ai été rappelé à ce poste où je sui depuis 2 années et demi.
La crédibilité de notre système actuel, c'est que prés de 50 % de nos projets sont financés par des bailleurs de fonds étrangers. Il y a également des dons qui sont faits. Nous faisons valider nos décisions par nos bailleurs de fonds. Nous payons dans un délai record de 40 jours.
Les problèmes de sécurité sont réglés en ce qui concerne notre secteur.


N.B. Winne ne peut être tenu responsable du contenu des transcriptions non-éditées

   

Previous Read on Next